Sommaires de l'École des lettres des collèges

Dernier numéro

Au sommaire du numéro 3, février-avril 2021

BANDE DESSINÉE

« Couleurs de l’incendie », de Christian De Metter, d’après le roman de Pierre Lemaitre

Littérature / Histoire / Roman graphique

Par Marie-Hélène Giannoni

On ne présente plus l’auteur du roman _Couleurs de l’incendie_ : écrivain de polars à succès, lauréat du prix Goncourt 2013 pour Au revoir là haut, scénariste pour la télévision et désormais pour Netflix, le formidable raconteur d’histoires qu’est Pierre Lemaitre scrute le passé pour mieux comprendre notre présent. Ainsi, _Les Enfants du désastre_, la trilogie qui l’a rendu célèbre auprès du grand public, s’étend de la fin de la Première Guerre à la défaite de 1940 et interroge les fondements de ce qui fait aujourd’hui la société française. Après l’adaptation graphique d’_Au revoir là-haut_, fruit d’une collaboration étroite entre le romancier et Christian De Metter, ce dernier a mis seul en scène le deuxième volet du tryptique, _Couleurs de l’incendie_.

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ROMANS

« Strada Zambila », de Fanny Chartres

À la découverte de l'autre

Par Antony Soron

À Bucarest, ceux que l’on surnomme les « cueilleurs de fraises » n’ont pas bonne presse. Les parents de la jeune Ilinca en font partie : ils quittent la Roumanie pour chercher à l’étranger un travail qui ne soit pas aussi misérablement payé que dans leur pays. Pourtant, il y a toujours moins bien loti que soi : Florin, un élève associé à Ilinca pour un concours d’arts plastiques, est rom… Le premier roman de Fanny Chartres, _Strada Zambila_, prix Unicef 2018, éclaire cette rencontre bouleversante où la découverte de l’autre appelle la découverte de soi. Ses thématiques dominantes et le niveau de lecture qu’il requiert en font un ouvrage parfaitement adapté à une lecture en classe de cinquième pour illustrer l’entrée : « _Avec autrui: familles, amis, réseaux_ ».

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ROMANS

« Home Sweet Home », d’Alice Zeniter & Antoine Philias

Roman d'apprentissage

Par Philippe Leclercq

_Home Sweet Home_. C’est cette célèbre formule britannique évoquant, plus ou moins ironiquement, la douceur du foyer qui donne son titre au roman écrit à quatre mains par Antoine Philias et Alice Zeniter (lauréate du prix Goncourt des lycéens pour _L’Art de perdre_ en 2017). Elle y désigne le squat où une dizaine d’enfants et d’adolescents fugueurs ont trouvé refuge le temps d’une blanche année scolaire… _Home Sweet Home_ est un roman d’apprentissage polyphonique, le plus souvent conduit à deux voix (celles d’Anna et d’Elijah), dont la choralité croise avec un joyeux entrain les rêves de l’enfance et les attentes de l’adolescence.

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THÉÂTRE (6e)

« Le monstre, aux limites de l’humain » dans le répertoire théâtral pour la jeunesse

Parcours de spectateur

Par Karine Veillas

Qu’est-ce qui fascine tant dans le spectacle de la monstruosité ? En quoi sommes-nous attirés par la différence qui fait de l’autre un monstre ? En quoi la figure du monstre permet-elle de réfléchir sur soi ? La monstruosité interroge les frontières de l’humanité et amène à réfléchir sur ce qui définit l’humain, sur ce qui définit l’autre par rapport à soi, la norme par rapport à la différence. « _En figurant le hors-norme et le non-humain, le monstre sollicite tout particulièrement la capacité de chacun à assimiler ce qui est inconnu et différent._ » Omniprésent dans les contes et les mythes, il constitue l’objet symbolique sur lequel l’enfant peut reporter ses peurs, qu’il s’agisse des peurs archaïques de l’abandon, de la mort, du mal, ou de celles liées aux réalités de la société dans laquelle il vit. Cet article se propose de donner quelques clés pour l’analyse de pièces déjà publiées et d’autres qui le seront dans les années à venir, afin d’inviter les enseignants à constituer des corpus ou des réseaux de lecture autour du questionnement : « _Le monstre, aux limites de l’humain_ », dans le cadre d’un parcours du spectateur.

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LITTÉRATURE

« Monstres fabuleux », d’Alberto Manguel

Histoire littéraire

Par Alain Berretta

_Je remballe ma bibliothèque_, titre du précédent opus de l’un des plus éminents bibliophiles de notre temps, laissait craindre le pire : Alberto Manguel allait-il vraiment cesser de nous faire partager ses lectures ? Par bonheur, il n’en est rien. La curiosité, à laquelle il a consacré l’un de ses ouvrages les plus personnels, l’a emporté, et cette curiosité, jointe à une époustouflante érudition, nous fait savourer aujourd’hui ces _Monstres fabuleux_, dans lequel il présente trente-huit personnages de la littérature mondiale, éclairant autant de facettes d’une monstruosité qui nous attire, nous effraie et nous révèle à nous-mêmes. Car ces courts portraits, illustrés par l’auteur, apparaissent comme des compagnons sur les chemins de nos vies et entrent en résonance avec de nombreux enjeux du monde actuel. Précisons que ces monstres parlent aux adultes mais aussi aux enfants (le livre est dédié à « _Amelia qui aime les princesses_ » et à « _Olivia qui préfère les dragons_ »), tant ils sont divers, mais regroupés ici selon l’effet produit sur les lecteurs.

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ESSAI

« Les Liens du sang », d’Errol Henrot

Condition animale et condition humaine : une même destinée

Par Pascal Caglar

Voici un ouvrage qui tient à la fois de la fiction, du document et du témoignage, de l’introspection psychologique et de la prise de conscience animaliste, et qui constitue une excellente initiation aux questions contemporaines sur les relations entre l’homme et l’animal, l’élevage industriel et le bien-être des bêtes. Dans ce premier roman intitulé _Les Liens du sang_, Errol Henrot a su transmuer souvenirs et expériences vécues en une dénonciation lucide et poignante du monde des abattoirs, lesquels sont non seulement une souffrance inouïe pour les animaux, mais aussi une violence psychologique pour ces hommes condamnés au métier de tueur, dans la peur et la lâcheté. À l’heure des vidéos choc de l’association L214, ces _Liens du sang_ peuvent offrir un support pertinent à un travail interdisciplinaire en classe de troisième croisant français (roman autobiographique, dénonciation des travers de la société), EMC (la « _responsabilité du citoyen en tant que consommateur_ », récemment introduite dans le cadre du « _Renforcement des enseignements relatifs au changement climatique, à la biodiversité et au développement durable_ » dans les programmes) et SVT (« _Responsabilité humaine en matière de santé et d’environnement_ »).

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HISTOIRE LITTÉRAIRE

« Trois anneaux. Un conte d’exils », de Daniel Mendelsohn

Essais / histoire littéraire

Par Norbert Czarny

Le jury du Prix du meilleur livre étranger a dévoilé, le 26 novembre, son lauréat dans la catégorie essai : _Trois anneaux_, de Daniel Mendelsohn, un « _conte d’exils_ » dans lequel l’universitaire américain tisse des liens entre chefs-d’œuvre d’hier et littérature d’aujourd’hui, cultivant le procédé homérique du récit circulaire, par « anneaux ». Les siens entraînent le lecteur de Cambrai à Combray, des demoiselles de Versailles aux jeunes filles en fleurs, d’Erich Auerbach à W. G. Sebald, et du goût des maquettes à celui de l’écriture autour d’un thème central dans l’histoire de la littérature : l’exil. L’exil est, en effet, une épreuve commune aux divers personnages évoqués dans ce livre : Ulysse, Erich Auerbach, François de La Mothe-Fénelon, Winfried Georg Sebald, mais aussi Marcel Proust, reclus hors du monde.

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L’Europe des écrivains, un remède à la désunion

Littérature europénne

Par Frédéric Palierne

À l’heure où les Britanniques quittent l’Europe, mais où le _Times Literary Supplement_ maintient sa chronique consacrée à la littérature européenne, trois livres venus de pays voisins entretiennent l’intérêt pour celle-ci. Il ne s’agit pas seulement de prendre poliment des nouvelles des littératures limitrophes, mais bien plutôt de constater que la littérature commune et européenne, la Littérature avec un grand L continue son œuvre dans ce qu’elle a d’universel : le questionnement sur l’humain et les réponses parfois déconcertantes qu’elle peut y apporter.

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TÉMOIGNAGES

Une école ordinaire face à la crise sanitaire

Quand le confinement exacerbe les inégalités

Par Laaldja Mahamdi

Le soir du 12 mars 2020, l’annonce de la fermeture des écoles est tombée sur nous comme une chape. Nos préoccupations quotidiennes ont été bouleversées. Soudain, il était question de vie ou de mort. De l’inédit, de l’exceptionnel, du jamais-vu, qui déroutent et dérangent – de la sidération, surtout. La charge émotionnelle est intense. Les enseignants encaissent et, dans les têtes, mille questions s’entrechoquent : que dire aux enfants ? aux familles ? que faire ? Directrice d’une école élémentaire dans le XIXe arrondissement de Paris, je me devais pourtant de « gérer »… Comme beaucoup l’ont constaté et comme nous l’avons nous-mêmes vécu à travers nos élèves, le confinement a exacerbé toutes les facettes des inégalités : précarité du logement, promiscuité, manque d’argent, de nourriture, d’activité physique et intellectuelle... Il a également confirmé que l’absence de connexion Internet, d’ordinateur ou de tablette dans les familles est devenue un marqueur de vulnérabilité, de désaffiliation sociale et de « discrimination négative », pour reprendre quelques-unes des notions proposées par le sociologue Robert Castel.

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Expérimenter l’école du XXIe siècle

Retour d’expérience d’enseignement numérique pendant la crise sanitaire

Par Violaine Lucas

Ce dossier présente ma pratique pédagogique pendant le confinement du printemps dernier et lors du déconfinement. La crise sanitaire m’a permis de m’approprier certains outils numériques mis à la disposition des enseignants. Dans ce cadre et en prenant possession du dispositif « Ma classe à la maison » proposé par le CNED, j’ai mis en place une classe « hybride », classe en présence et en virtuel, permettant de faire cours aux élèves présents au collège comme à ceux restés à la maison. – La classe numérique de français. – Comment se donner les moyens d'une véritable école du XXIe siècle. – La classe virtuelle vue par les élèves et par les parents. – La classe hybride vue par les élèves et par les parents.

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CINÉMA

«Wendy », de Benh Zeitlin : une ode à la fratrie

Dans le monde de Peter Pan

Par Ingrid Merckx

Les confinements successifs ont décalé sa sortie en salle, et l’on sait désormais que le _Wendy_ du cinéaste américain Benh Zeitlin ne sera pas le « conte de ce Noël 2020 » que promet l’affiche. Sans doute sera-t-il celui de l’année prochaine. Car, dans le monde de Peter Pan, tout est toujours possible... Ce film, centré sur le personnage de Wendy Darling, fait de la fillette une force de courage et d’imagination dans une île volcanique parsemée de dangers où les « enfants perdus » sont livrés à eux-mêmes et à la peur de vieillir.

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La saga « Star Wars », une épopée et des héros modernes

Les codes narratifs de l'épopée

Par Alexandre Lafon

En décembre 2019 sortait sur les écrans l’ultime épisode de la saga intergalactique _Star Wars_, désormais sous franchise Disney. Intitulé _L’Ascension de Skywalker_, le neuvième opus de la série venait conclure l’histoire tragique de la famille Skywalker qui, à travers plusieurs générations, se confond avec celle de la Force dont elle est censée restaurer l’équilibre dans un univers marqué par la lutte entre l’ordre des chevaliers Jedi (le bien) et celui des seigneurs Sith et de leur Empire (le mal). Dès l’origine, _Star Wars_ a été pensé par son créateur, George Lucas, comme une épopée dépassant la trilogie initiale. Profitant de l’évolution des effets spéciaux, l’ensemble de l’œuvre a finalement été produit sur une quarantaine d’années et a épuisé pas moins de cinq réalisateurs, tout en conservant une grande partie de son casting d’origine. Comment interpréter un tel succès sur un temps aussi long ? Cet article se propose d’interroger ce succès au regard d’une dualité essentielle et paradoxale : la saga _Star Wars_ est à la fois intemporelle et fortement inscrite dans son temps. Ce paradoxe, finalement inhérent à la définition même du mythe, pourra utilement être étudié en classe lors d’une séquence consacrée à la lecture et à la compréhension des codes narratifs.

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