Alexandre Soljenitsyne, "Ma collection littéraire. Notes sur la littérature russe"

Alexandre Soljenitsyne, "Ma collection littéraire. Notes sur la littérature russe"« Conversations mentales »
entre grands auteurs

Alexandre Soljenitsyne ne fut pas seulement un immense écrivain universellement connu, il a aussi été un lecteur aux avis pertinents et originaux, comme le prouve le premier volume de ces Notes sur la littérature russe, qui paraît chez Fayard sous le joli titre Ma collection littéraire, dans une traduction de Lucile et Georges Nivat.
À peine achevés les deux monuments que furent L’Archipel du goulag et La Roue rouge, l’écrivain, en guise de récréation, entame la relecture de certains auteurs de son pays, ceux des XIXe et XXe siècles. Il est alors âgé de plus de soixante-dix ans et ressuscite, par cette redécouverte, quelque chose de la Russie qu’il n’a cessé de porter dans son cœur.

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Une écriture « toute fumante d’ardeur et de fièvre stylistique »

En lisant, et pour garder les œuvres dans sa mémoire, il décide de noter ses impressions et ses analyses. Il ne s’agit pas, comme il nous l’explique dans un rapide avant-propos, de « recensions critiques », mais d’une « tentative d’entrer en contact spirituel avec l’auteur choisi », ou encore d’amorcer une « conversation mentale » avec lui.
L’entreprise couvrira vingt années de sa vie, de 1984 à 2005 (trois ans avant sa mort), et le résultat n’est pas, au moins dans un premier temps, promis à la publication. Sauf que les revues (Novy Mir en tête) sont impatientes de proposer à leurs lecteurs ces textes dans lesquels le vieux maître se dévoile en révélant ses préférences au moyen d’une écriture « toute fumante d’ardeur et de fièvre stylistique » (Georges Nivat).
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Un dialogue avec les aînés et les pairs

Neuf études composent ce tome 1, qui sera suivi de deux autres, classées chronologiquement et qui vont de Lermontov, l’immense poète, à Georgi Vladimov, romancier de la dissidence, auteur, notamment, du Général et son armée. Entre les deux apparaissent Tchekhov, que Soljenitsyne apprécie (surtout pour ses nouvelles) mais chez qui il perçoit une incapacité d’écrire un roman, Andreï Biély, à la fois irritant et fascinant, Iouri Tynianov, brillant mais contestable, Boulgakov, Naguibine et quelques autres.
Le contenu des œuvres n’est pas seul à être jugé ; le sont aussi le lexique, la langue, le style, critères essentiels pour une littérature d’envergure.
Les éditeurs et traducteurs ont pris le soin de faire précéder chaque étude d’une notice explicative ; de judicieuses notes éclairent les allusions et nous apportent des informations qui nous permettent de mieux comprendre les choix et les goûts de l’auteur du Pavillon des cancéreux. Ceux qui ont aimé ses grandes constructions littéraires ne pourront être indifférents à ce dialogue avec ses aînés et/ou ses pairs.

Yves Stalloni

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• Alexandre Soljenitsyne, « Ma collection littéraire. Notes sur la littérature russe », tome 1, Fayard, 2015, 276 p.

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Yves Stalloni

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