Deux programmes pour l’éducation des migrants

12 décembre 2016 : conférence de l'association Sorbonne pour l'organisation des Nations unies © Lauriane Clément
12 décembre 2016 : conférence de l’association Sorbonne pour l’Organisation des Nations unies © Lauriane Clément

À l’initiative de l’association « Sorbonne pour l’Organisation des Nations unies », l’université Paris 1 a organisé le 12 décembre une conférence-débat sur le pouvoir de l’éducation pour les jeunes réfugiés.
L’occasion de faire un bilan de son programme d’accueil et de faire connaître d’autres dispositifs pour les scolariser.

Le pouvoir de l’éducation :
démocratie et égalité, enjeux pour les jeunes réfugiés

L’amphithéâtre Lefebvre de la Sorbonne est bondé, ce lundi 12 décembre. Beaucoup d’étudiants, mais aussi des professeurs, des membres d’associations ou de simples curieux sont venus assister au débat « Le pouvoir de l’éducation : démocratie et égalité, enjeux pour les jeunes réfugiés », organisé par l’association « Sorbonne pour l’Organisation des Nations unies et l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Quel accès à l’éducation est proposé aux migrants ? Comment faire pour leur donner davantage de possibilités ? Autant de questionnements soulevés lors de la conférence.
Car il reste encore beaucoup à faire, comme le rappelle Cécile Schmitt, porte-parole du Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) : « L’éducation est un droit fondamental qui est souvent inaccessible pour les migrants. Dans le monde, seuls 50 % des enfants réfugiés vont à l’école primaire, 22 % à l’école secondaire, et seulement 1 % font des études supérieures. Nous devons trouver des moyens pour augmenter leur accès à l’école ! »
Un programme d’intégration à la Sorbonne
Peu d’initiatives permettent en effet aux jeunes migrants de mener des études supérieures. La Sorbonne a été l’une des premières universités françaises à s’attaquer à ce problème, en lançant en octobre 2015 un programme d’accueil destiné aux étudiants réfugiés. Seule condition, ils doivent avoir au moins déposé une demande d’asile. Pendant un an, les élèves sélectionnés peuvent ainsi suivre des cours de français langue étrangère, avant de poursuivre leur cursus dans les différentes filières de l’établissement.
« Ces jeunes se trouvent dans un état d’urgence éducative mais ils n’ont pas les moyens de suivre des études. Nous avons créé un régime dérogatoire spécial pour eux, ils sont exonérés de frais scolaires et bénéficient de bourses et d’aides au logement », décrypte Joan Divol, la déléguée du président de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne aux affaires internationales.
« Quand nous avons créé cette initiative, nous n’imaginions pas les difficultés qui nous attendaient, souligne Amelle Bekhada, la coordinatrice du programme. Certains étudiants n’avaient rien à manger, devaient dormir dans le rue, n’étaient pas soignés… Voici leur réalité. Pour réussir à étudier, ils doivent être soutenus dans chacune de leurs démarches, juridiques, médicales, psychologiques… »

L'organisation de Sorbonne ONU« J’ai perdu trois années »

Heureusement, les équipes peuvent compter sur le soutien des enseignants, de l’association Sorbonne solidaire – née aussi l’année dernière – et de juristes bénévoles. « Il est essentiel de travailler en réseau, de partager nos connaissances et nos difficultés afin de porter une attention particulière à chacun des étudiants », assure Armelle Bekhada.
À ce jour, cent quarante jeunes de treize nationalités différentes ont bénéficié de ce dispositif. Quatre-vingt d’entre eux ont déjà intégré les formations classiques de l’université. À l’image d’Homam Fayard, un jeune réfugié syrien. « J’ai étudié la sociologie pendant quatre ans en Syrie, mais j’ai dû fuir à cause de la guerre », confie-t-il dans un français impeccable. Arrivé en France en avril 2015, il a tout fait pour apprendre au plus vite la langue. « Je n’avais pas de temps à gaspiller car j’avais déjà perdu trois années. J’ai commencé par les chiffres. Le chiffre 1 a été un choc linguistique pour moi, comment le prononcer ? Ce n’était vraiment pas évident ! », se rappelle-t-il, faisant sourire tout l’auditoire.
C’est notamment en devenant bénévole au Secours populaire qu’il a pu perfectionner son français. Lorsqu’il a appris que la Sorbonne acceptait des étudiants réfugiés, il a immédiatement envoyé son dossier et a été sélectionné. « Au début j’étais perdu à Paris, je ne savais pas me repérer dans le métro et j’avais beaucoup de problèmes par rapport à la langue… Grâce à l’aide de mes profs, j’y suis arrivé ! », se félicite-t-il. Le jeune homme a passé avec succès le niveau B1 du DELF (Diplôme d’études en langue française) et s’est inscrit en filière « socio-anthropologie » cette année.

.Les difficultés rencontrées

Joan Divol et Amelle Bekhada lors de la conférence de l'association Sorbonne ONU © Lauriane Clément
Joan Divol et Amelle Bekhada lors de la conférence de l’association Sorbonne ONU © Lauriane Clément

Le chemin reste toutefois semé d’embûches.
« L’ouverture de l’université est un premier pas, mais il faut ensuite les aider à s’intégrer. C’est loin d’être facile. Nous avons instauré un système de parrainages, des groupes de soutien… Mais beaucoup se sentent perdus une fois qu’ils étudient en filière classique. Ils ne parlent pas suffisamment bien français pour suivre les cours en amphithéâtre par exemple. Nous nous demandons combien arriveront à valider leurs matières cette année », déplore Hanna Rajbenbach, présidente de l’association Sorbonne solidaire.
Et Joan Divol de renchérir :
« Le dispositif en place est correct mais perfectible. Il faut le rendre plus diplômant, faire face à l’augmentation du nombre de demandes d’inscription et remédier à la grande précarité dans laquelle se retrouvent ces jeunes. C’est l’objectif d’un nouveau programme encore à l’étude. »

Une plateforme géolocalisée

Le dispositif « Comprendre pour apprendre » (www.cpa.fr) qui sera lancé en janvier par le Service jésuite des réfugiés (JRS France) pourrait apporter de nouvelles solutions. « Certains cours de français sont très connus et sont donc bondés. D’autres, en revanche, sont vides et devraient gagner en visibilité », souligne le directeur Antoine Paumard. JRS travaille donc depuis un an sur une plateforme pour regrouper dans un même outil tous les ateliers disponibles.
Le site se décline en quatre langues : français, anglais, arabe et dari. Les bénévoles et institutions peuvent proposer des cours selon leurs disponibilités et partager leurs initiatives. Il suffit ensuite aux migrants de chercher une classe, en fonction de l’endroit où ils se trouvent et de la date choisie, pour avoir accès à une liste précise et géolocalisée.
La plateforme propose des informations selon différentes catégories, parmi lesquelles l’apprentissage du français, les études supérieures, la formation professionnelle, les ateliers socio-linguistiques ou encore l’auto-apprentissage. Une initiative disponible dès le mois prochain sur tout le territoire français, qui pourrait faciliter bien des actions.

Lauriane Clément

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Le site de l’association Sorbonne pour l’Organisation des Nations unies.
Le dispositif Comprendre pour apprendre sur le site de Sciences-Po.
• La plateforme géolocalisée www.cpa.fr sera en ligne dès janvier 2017.
Voir également sur ce site :
Les lauréats du Diplôme d’études en langue française 2016 de l’académie de Paris accueillis en Sorbonne, par Antony Soron.
Premiers pas en France et en français : tout un parcours ! par Nadine Croguennec et Stéphane Paroux.

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Lauriane Clément

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