Écriture inclusive ou épicène ?

pparaître simultanément les formes féminines et masculines d’un mot employé au masculin lorsque celui-ci est utilisé dans un sens générique », ferait peser « un risque énorme » sur « la transmission du français ». En outre, elle « modifie le respect des règles d’accord usuelles attendues dans le cadre des programmes d’enseignement ». L’écriture inclusive n’étant pas enseignée, cette circulaire visait surtout à trancher un débat en cours au Sénat : les défenseurs de l’écriture inclusive voulant, notamment, en finir avec un apprentissage du français fondé depuis le XVIIe siècle sur la règle selon laquelle « le masculin l’emporte sur le féminin ». Cette formulation draine, selon eux, outre des accords grammaticaux, un système de pensée.

Jean-Michel Blanquer proscrit l’écriture inclusive. Sa « complexité » et son « instabilité » constituent des « obstacles à l’acquisition de la langue comme de la lecture », explique le ministre de l’Éducation dans une circulaire datée du 6 mai 2021. Cette écriture, qui « utilise notamment le point médian pour faire apparaître simultanément les formes féminines et masculines d’un mot employé au masculin lorsque celui-ci est utilisé dans un sens générique », ferait peser « un risque énorme » sur « la transmission du français ». En outre, elle « modifie le respect des règles d’accord usuelles attendues dans le cadre des programmes d’enseignement ». L’écriture inclusive n’étant pas enseignée, cette circulaire visait surtout à trancher un débat en cours au Sénat : les défenseurs de l’écriture inclusive voulant, notamment, en finir avec un apprentissage du français fondé depuis le XVIIe siècle sur la règle selon laquelle « le masculin l’emporte sur le féminin ». Cette formulation draine, selon eux, outre des accords grammaticaux, un système de pensée.

Dans une interview au média Brut, Julie Neveux, linguiste à Sorbonne Université, rappelle que l’écriture inclusive est nommée « langage non sexiste » dans plusieurs pays francophones et regroupe des propositions visant à rendre la langue plus égalitaire. L’une concerne le lexique, avec la féminisation des noms de métiers. Une autre la grammaire, avec la règle sur l’accord de proximité : « Les garçons et les filles sont heureuses ». La dernière proposition est le point médian, convention graphique qui émane du Haut conseil à l’égalité : « les étudiant.e.s », et concentre les foudres. Question d’habitude ? Cette convention est en réalité déjà pratiquée : « étudiant(e) » ou « étudiant/e ». Une autre stratégie consiste à ne donner aucune visibilité de genre, ce qu’on appelle « écriture épicène » comme dans « les enfants » ou « les journalistes ». Le masculin peut être neutralisé quand le féminin est toujours exclusif, estime pour sa part le linguiste Bernard Cerquiglini dans une tribune où il juge l’écriture inclusive louable mais fautive2. Sur la féminisation des métiers et des fonctions, « l’usage » doit « être recherché », précise enfin la circulaire ministérielle qui ajoute : « […] de même, le choix des exemples ou des énoncés en situation d’enseignement doit respecter l’égalité entre les filles et les garçons, tant par la féminisation des termes que par la lutte contre les représentations stéréotypées ».

I. M.

Notes

1. Brut. « C’est quoi l’écriture inclusive ? », 7 mai 2021.
2. Bernard Cerquiglini, « L’écriture inclusive, empreinte d’une louable intention, est une
fâcheuse erreur », Le Monde, 19 avril 2021.

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Ingrid Merckx