« Œdipe roi », de Pasolini, pas à pas

L’objet de cet article n’est pas de comparer la pièce de Sophocle et le film de Pier Paolo Pasolini, ni de chercher à caractériser à tout prix quelle sorte d’adaptation Pasolini a créée. Ce n’est pas le degré de fidélité qui nous préoccupe ici. Nous chercherons plutôt à envisager le film de Pasolini comme une entité singulière qui s’efforce de raconter sa propre histoire avec les moyens du cinéma. Ceux-ci ne sont pas un vecteur qui permet de conduire la fiction, c’est l’enjeu même de la fiction. Cette notion peut être difficile à faire passer auprès des élèves, aussi essaierons-nous de nous trouver au plus près du geste narratif et fictionnel de Pasolini pour comprendre comment sa conception du récit permet d’inventer des trouvailles poétiques absolument cinématographiques. Le texte de Sophocle se trouve évidemment en arrière-plan de notre travail, mais il n’en est pas le moteur privilégié. Le cœur est constitué par les images de Pasolini, la façon dont il prend en charge les corps et dont il attise et provoque constamment les émotions du spectateur. Pour cela, nous n’avons pas privilégié les entrées techniques. Nous partons des choix de représentation de Pasolini pour comprendre quel est ou plutôt quels sont « ses » Œdipes et comment la technique cinématographique favorise son imagination créatrice. Cette part narrative est essentielle chez lui puisqu’elle innerve son œuvre romanesque, poétique, théâtrale et polémique. Cette envie de raconter est constante, comme l’est également sa volonté de s’adapter à tous les arts pour déployer sa furie narrative. C’est en étant attentif aux différents objets de son récit – _Œdipe roi _est-il pour Pasolini le récit d’une chute, d’une malédiction, d’un miracle, d’une rédemption, d’une réconciliation, d’un exil ? – que nous pourrons mieux comprendre comment les puissances de l’art cinématographique (violence, méditation, stupeur, érotisme, fascination) sont célébrées. Les élèves pourront mieux saisir à la fois ce qui peut être énigmatique, surprenant, déstabilisant à première vision et comment les inventions de Pasolini sont encore riches et inspiratrices aujourd’hui. **Plan de l’étude** I. Les âges et les états d’Œdipe. II. Les fonctions du toucher. III. La fonction des regards. V. La violence du raccord. VI. La prégnance de la sexualité et de la mort. VII. La construction de l’épilogue. VIII. L’apparition de Pasolini dans le film, la voix et le rapport au texte-source.
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