Grève du 13 janvier :
entre santé publique et santé scolaire

Colère et lassitude dominent dans les écoles, les collèges et les lycées, et sont portées ce jour de grève dans les cortèges qui défilent contre les protocoles erratiques du ministère de l’Éducation nationale. En marge, la réforme du bac se devine comme une nouvelle étape dans le « mépris » éprouvé pendant cette mandature.

Par Antony Soron, maître de conférences HDR,
formateur agrégé de lettres, Inspé Sorbonne Université.

Colère et lassitude dominent dans les écoles, les collèges et les lycées, et sont portées ce jour de grève dans les cortèges qui défilent contre les protocoles erratiques du ministère de l’Éducation nationale. En marge, la réforme du bac se devine comme une nouvelle étape dans le « mépris » éprouvé pendant cette mandature.

Par Antony Soron, maître de conférences HDR,
formateur agrégé de lettres, Inspé Sorbonne Université.

S’il est un mot qui tourne en boucle dans la communication gouvernementale, c’est celui de « protocole ». Le terme, aux allures de vocable rassurant, convient dans son sens spécialisé au contexte sanitaire actuel. Il se définit comme une « instruction précise et détaillée mentionnant toutes les opérations à effectuer dans un certain ordre ainsi que les principes fondamentaux à respecter pour exécuter une opération ». Un « protocole » suppose un message clair, une diffusion suffisamment anticipée et une application stricte.

Or, tous les personnels de l’Éducation nationale – ATOS, infirmiers, ATSEM, administratifs, enseignants –, jusqu’à l’échelle des inspecteurs, ne peuvent que déplorer les annonces successives et contradictoires de leur ministère de tutelle, réitérées essentiellement par voie de presse depuis, notamment, la crise du Covid-19.

Ils ont d’autant plus lieu d’en être excédés qu’il existe un fossé entre l’effet d’annonce d’un protocole divulgué in extremis, la veille au soir de la rentrée du 3 janvier 2022, et sa mise en œuvre rigoureuse sur le terrain. Si la vox populi demeure prompte à taxer les enseignants de « contestataires perpétuels », il semble que, cette fois, les revendications font sens pour le plus grand nombre de Français : en témoignage notamment les appels à soutien des principales associations de parents d’élèves des premier et second degrés.

Chacun pouvait constater, le 13 janvier, que les enseignants ne sont toujours pas équipés de masques FFP2, pas plus que leurs salles de capteur de CO2.

Cela étant, il y a fort longtemps que la santé des personnels de l’Éducation est ignorée par l’État. Quand, dans les entreprises privées, une visite médicale régulière reste obligatoire, la plupart des enseignants n’en ont pas connu la moindre depuis une décennie !

L’école ouverte, mais pas à n’importe quel prix

Le ministre de l’Éducation nationale ne varie pas de sa ligne d’une « école ouverte » coûte que coûte. Difficile a priori d’être en désaccord avec ce principe qui a au moins le mérite de la constance. Encore faudrait-il qu’il soit appliqué de façon plus raisonnée et avec les moyens nécessaires. Ce qui n’a pas été suffisamment assumé dans la réponse de Jean-Michel Blanquer aux parlementaires le 12 janvier, c’est que rien n’est véritablement anticipé dans l’affaire « Omicron ». De facto, la multiplication des protocoles ne tend qu’à attester de l’impréparation d’un ministère qui se retrouve dans l’incapacité d’assurer un autre grand principe : celui de « précaution ».

D’où le caractère inopportun de la phrase du ministre : « On ne fait pas la grève contre le virus ». Il y aurait un avantage légitime à reconnaître les défaillances dans la protection des personnels et à admettre que pendant une période de « pic » viral, les conditions de fermeture de classe doivent être claires et suffisamment anticipées pour que tous, personnels, parents et élèves, puissent s’adapter.

Ne pas confondre pédagogie et garderie

Si le mot d’ordre de la grève du jour est bien la santé publique, un autre sujet s’ajoute à l’ire d’une grande majorité des enseignants mobilisés. En effet, les professeurs de lycée, toutes disciplines confondues, montent au créneau par rapport à la nécessité d’un allègement des programmes du baccalauréat. L’incertitude sanitaire durable désorganise d’évidence, et pas qu’au lycée, les apprentissages. Peut-être serait-il temps de reconnaître qu’en période de crise, les contraintes protocolaires font largement passer les exigences pédagogiques et/ou programmatiques au second plan.

Le turn-over des élèves au sein d’une même classe rend caduque la mise en œuvre d’une progression pédagogique. Les uns sont présents, les autres à distance. Les uns s’en vont, les autres reviennent. Du principe louable en soi d’école « ouverte » – le mot « école » devant être pris ici au sens large, soit en incluant le collège et le lycée –, on en vient insensiblement à se résoudre à ce qu’elle tienne lieu de « garderie ».

Cette impression demeure d’autant plus fondée que le taux d’absentéisme des professeurs – contaminés ou cas contacts – a poussé le ministère à ouvrir la vanne des vacataires remplaçants. Ces derniers ne sont pas en cause directement, mais le recours de plus en plus massif à des personnels non formés, par le biais de Pôle Emploi, diminue mathématiquement la proportion des enseignants titulaires, dotés d’un concours et ayant bénéficié d’une formation solide. En clair, la politique d’ouverture a ses limites tant elle fait craindre à moyen terme que « l’école » soit définitivement apparentée à un espace occupationnel.

La grève du 13 janvier intervient donc comme un coup de semonce contre des communications ministérielles aussi intempestives que déroutantes, qui nuisent autant à la santé publique qu’au moral des personnels de l’éducation, en « première ligne » comme ceux des hôpitaux et bien d’autres au gré des épreuves que l’alphabet grec décline.

A. S.

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Antony Soron