"La Mer", d'Edward Bond, à la Comédie-Française

 
"La Mer", d'Edward Bond, à la Comédie-FrançaiseD’ordinaire on fréquente la Comédie-Française pour revisiter ses classiques. Il faudrait pourtant prendre l’habitude de s’y rendre pour découvrir des auteurs moins connus et néanmoins majeurs, plus contemporains et néanmoins justement consacrés.
C’est le cas avec cette création, La Mer, d’Edward Bond, pièce composée en 1973 et entrée au répertoire de la Comédie-Française en 2011.

L’action se passe au début du XXe siècle dans une petite ville anglaise en bord de mer. La disparition d’un jeune homme noyé au cours d’une tempête devient le révélateur des comportements de cette micro-société de province travaillée par les rapports de classes.
Trois figures la dominent, Mrs Rafi, grande dame autoritaire, régentant férocement tout le monde, à commencer par sa dame de compagnie, M. Hatch marchand de tissu peu prospère, convaincu que des envahisseurs de l’espace s’apprêtent à débarquer sur Terre pour détruire les humains, notamment les Anglais, et Evens, ivrogne philosophe vivant seul sur la plage .
La pièce, à la fois drôle et grave, légère et profonde, rappelle l’éternelle efficacité du précepte antique « docere et delectare« . Le spectacle réjouit et rend plus intelligent : la scène de la répétition de théâtre chez Mrs Rafi, tout comme celle de la dispersion des cendres de Colin, sont, par le jeu inspiré des acteurs, de vrais moments de plaisir, et les monologues de Mrs Rafi ou d’Evens dévoilent les vérités obscures de l’ordre bourgeois et des tensions sociales.
La folie de Hatch est peut-être la forme extrême de son désespoir, la férocité de Mrs Rafi l’expression de son amour paradoxal de l’humanité et la mer l’horizon qui fait tant défaut à cette société sans avenir.

La mise en scène d’Alain Françon, les décors ou encore l’engagement physique des acteurs, rien n’est négligé pour que la pièce ravisse et que tombent les éventuels préjugés sur le théâtre contemporain. Plus largement c’est l’enseignement de la littérature qui se voit secoué de deux convictions comme de deux évidences: la nécessité d’amener les jeunes au théâtre, la nécessité de s’ouvrir aux littératures étrangères et contemporaines.

Pascal Caglar

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« La Mer », d’Edward Bond, mise en scène par Alain Françon, Comédie-Française, salle Richelieu, place Colette, 75001 Paris, jusqu’au 15 juin 2016.

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Pascal Caglar

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