« L’Apollonide. Souvenirs de la maison close », de Bertrand Bonello

« L’Apollonide. Souvenirs de la maison close », de Bertrand BonelloUn grand bandeau en capitales portant l’inscription « chef d’œuvre » barre l’affiche reproduite par les journaux du moment. Diverses épithètes louangeuses empruntées à d’autres publications périodiques confirment : « sublime, majestueux, passionnant, sensuel, éblouissant, fascinant »… On se calme !

Le film de Bertrand Bonello, L’Apollonide, présenté à Cannes en sélection officielle, est sûrement élégant, soigné, bien filmé, mais il sécrète un profond ennui.

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Un exercice d’école

Si le cinéma consiste à montrer de belles images, à procéder à une minutieuse (et talentueuse) reconstitution, à juxtaposer des numéros d’acteurs (plutôt d’actrices ici), à mélanger allègrement les époques sans raison apparente, alors ce film est une réussite. Si l’on pense qu’un fil narratif doit lier les divers plans, qu’un embryon d’intrigue peut justifier la succession des séquences, que les comédiens doivent se mettre au service d’une histoire, que les ruptures temporelles doivent tendre à une claire démonstration, on risque d’être déçu et finir par admettre que nous sommes en présence d’un exercice d’école.

Nous pouvons alors comprendre que des spectateurs, lassés des effets esthétisants et gratuits, quittent la salle. Sans doute se demandaient-ils ce que Bonello avait souhaité montrer dans son œuvre. Si l’on écarte la paraphrase modernisée et féminisée d’un roman de Victor Hugo (L’Homme qui rit) dont on se demande la raison d’être, que faut-il retenir de ces deux heures de huis-clos ?

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Ce n’est plus du cinéma, mais une auberge espagnole

La difficile condition des prostituées pendant la «Belle époque » ? L’hypocrisie d’une société bourgeoise dominée par les hommes et cachant le vice sous les apparences ? Le sadisme de certains « clients » de maison close ? La pathétique misère des amours tarifées ? La solidarité fragile de jeunes femmes condamnée au « plus vieux métier du monde » ? Les difficultés professionnelles qui accablent une tenancière de bordel (hausse des loyers, caprice des habitués, défaillance des filles, contrôles médicaux et policiers) ?

Toutes ces questions, dignes d’un bon documentaire ou d’un livre signé Alain Corbin (Les Filles de noces par exemple), affleurent, se télescopent, se contestent l’une l’autre et s’offrent au spectateur sommé de choisir la piste qui orientera son parcours. Ce n’est plus du cinéma, mais une auberge espagnole où chacun compose son menu. Certains amateurs peu regardants y trouveront de quoi satisfaire leur appétit. D’autres, plus gastronomes, quittent la salle le ventre creux.

Yves Stalloni

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Yves Stalloni

Un commentaire

  1. D’accord pour l’essentiel avec cet article, peut-être un peu sévère : si le but était de faire prendre conscience que le plus vieux métier du monde n’est guère le plus beau, c’est réussi… jusqu’à l’écoeurement.

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