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Sommaire n°3, 2015-2016

Après la cérémonie du 27 novembre 2015 aux Invalides. Retour à l’anormal

par Robert Briatte

Dans la contribution qu’il a apportée au site de L’École des lettres dans les jours qui ont suivi les attentats, Yves Stalloni qualifiait d’emblée de « criminels » les tueurs du 13 novembre. Définir, préciser, et nous interroger sur les mots autant que sur les actes qui ont marqué ces deux dernières semaines – voilà ce qu’il nous faut faire, en effet. Qui n’a pas, dans les premiers jours, cédé à l’urgence de s’informer, à la tentation du bien mal nommé direct live ? Cependant, voyant qu’une chaîne de service public s’attelait le dimanche, à l’heure du repas, soit trente-six heures après le début de cette œuvre de mort, à une rétrospective des événements du week-end, j’ai éteint mon poste de télévision et me suis sérieusement inquiété de ce que je pourrais dire à mes élèves le lendemain matin – mais plus tard aussi.


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La Camaraderie au front, 1914-1918, d’Alexandre Lafon

par Jean-François Jagielski

La Grande Guerre fut sans conteste une période propice à la naissance et à la propagation de « cycles de légendes ». Certains combattants-témoins, à l’image du lexicologue Albert Dauzat et de l’historien Marc Bloch, furent particulièrement attentifs à ce phénomène et produisirent sur le sujet des analyses pionnières. Cependant, la période fut également favorable à d’autres formes de constructions intellectuelles s’apparentant aux légendes, mais aussi aux «mythologies » chères à Roland Barthes. Elles eurent la vie dure et se propagèrent jusque dans une tardive après-guerre, allant s’inscrire dans ce que l’on nommerait aujourd’hui une « construction mémorielle ». Ainsi en est-il de la camaraderie sur le front qu’analyse Alexandre Lafon dans un très riche et volumineux ouvrage issu d’une thèse de doctorat («La Camaraderie au front, 1914-1918», Armand Colin / Ministère de la Défense, 2014). L’auteur s’attache d’abord à montrer que la notion de camaraderie en guerre, loin d’être le fruit d’un phénomène de génération spontanée, s’inscrit dans le « discours dominant » produit par les idéologues militaires à l’origine du cadre réglementaire dans lequel vont être enrégimentés les soldats des États-nations à la veille du premier conflit mondial. Cette camaraderie non choisie mais subie, du simple fait de l’enrôlement, est un élément déterminant qui permet aux cadres de l’armée d’obtenir et d’entretenir la cohésion des troupes nécessaire à toute action guerrière. Assez paradoxalement, le défi que se lance alors l’armée républicaine française est de favoriser « une reconnaissance mutuelle des hommes entre eux qui dépasse \[…] les clivages sociaux et hiérarchiques pourtant bien marqués entre la troupe et ses cadres, sans les éliminer tout à fait » (p. 31). Elle va aussi user de distinctions honorifiques (décorations, brisques, fourragères…) pour renforcer cette cohésion et développer l’indispensable esprit de corps dans une structure pourtant de plus en plus hétérogène, où ne cessent d’apparaître de nouvelles armes (chars, artillerie de tranchées, etc.). L’auteur montre que, durant la guerre, un rapide consensus se fait, dans le monde de l’arrière, pour promouvoir la notion d’une camaraderie sur le front. En fabriquant de toutes pièces une figure héroïsée du «Poilu », la presse comme les millions de cartes postales publiées créent un idéal-type rassurant, capable de justifier l’existence mais aussi la prolongation d’une guerre défensive présentée à tous comme éminemment juste.


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Les « Célestes », le Corps des travailleurs chinois. Les oubliés de la Grande Guerre

par Sai Beaucamp Henriques

Il y a à peine un siècle, un navire-hôpital français, l’_Athos_, était réquisitionné pour effectuer les services postaux vers l’Extrême-Orient. De Marseille à Yokohama en passant par le canal de Suez, Djibouti, Saïgon ou encore Hong Kong, ce grand paquebot servait également à un étrange trafic humain… Le 17 février 1917, à 12h 27, l’_Athos_ sombre au large de l’île de Malte, torpillé par le sous-marin allemand U 65. Il suffit d’à peine un quart d’heure pour envoyer par le fond ce navire de la Compagnie des messageries maritimes françaises, mis à flot à Dunkerque trois ans plus tôt, et qui aurait dû débarquer pas moins de mille neuf cent cinquante passagers dans le port de Marseille. C’est le plus grave naufrage de l’histoire de la Compagnie, il entraîne la mort de sept cent cinquante-quatre personnes. Parmi ces victimes, cinq cent quarante-trois sont chinoises, révèle l’historienne Li Ma dans l’ouvrage qu’elle a dirigé, _Les Travailleurs chinois en France dans la Première Guerre mondiale_ (CNRS). Pourquoi neuf cent cinquante Chinois se rendent-ils en France en pleine guerre et au cœur de l’un des hivers les plus rigoureux qu'ait connu le pays? Que diable vont-ils faire dans cette galère ?


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Au revoir là-haut, de Pierre Lemaitre et Christian De Metter. Une leçon graphique

par Marie-Hélène Giannoni

Adapter un roman en bande dessinée est un exercice toujours délicat – comment satisfaire à la fois les amateurs de BD et les lecteurs de l’oeuvre originale, surtout lorsqu’il s’agit d’un prix Goncourt de près de six cents pages, auréolé d’un succès critique et public considérable ? Mais le roman de Pierre Lemaitre, qui mêle petite et grande histoire des hommes, entre naturellement en résonance avec l’univers de bruit et de fureur de Christian De Metter… On se souvient de la course-poursuite haletante et tragique dans laquelle son western graphique, Rouge comme la neige, entraînait le lecteur. Avec Lemaitre au scénario et De Metter au dessin, l’adaptation en BD de _Au revoir là-haut_ (Rue de Sèvres, 2015) donne vie à des visages, des attitudes, un décor, sans enfermer pour autant les personnages dans l’habit des perdants sacrifiés. Bien au contraire, le dessin sublime, sans rien perdre de l’émotion, l’aspect grotesque des aventures de deux apprentis arnaqueurs… _ Au-revoir là-haut_ relate le retour à la vie civile de deux rescapés de la Grande Guerre. L’un, Albert Maillard, en sort marqué, mais physiquement intact ; l’autre, Édouard Péricourt, est une «gueule cassée ». Tous deux seront victimes de l’ignoble Henri d’Aulnay-Pradelle, fils d’aristocrate désargenté, désireux d’obtenir la gloire militaire pour redorer le blason familial. On perçoit, dans le roman de Pierre Lemaitre, le vif désir de rendre hommage à des hommes confrontés à un destin tragique. Mais, à l’indignation face à la folie meurtrière et au délire patriotique se mêlent l’ironie mordante et la fantaisie d’une arnaque montée comme un pied de nez à l’occasion du marché des monuments aux morts qui s’organise dès l’Armistice. Cette histoire ne pouvait qu’inspirer Christian De Metter, auteur de bandes dessinées confirmé, rompu à l’adaptation d’œuvres littéraires.


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Au revoir là-haut, une BD qui ne se paye pas de mots !

par Yves Stalloni

Commençons par un truisme – la littérature est faite de mots et de phrases ; la bande dessinée repose sur des images et des dessins. Cette vérité d’évidence s’impose à celui, connaisseur ou profane, qui ouvre le magnifique volume illustré par Christian De Metter, construit à partir du roman de Pierre Lemaitre, Au revoir là-haut. L’adaptation en bande dessinée du prix Goncourt 2013 prouve, en effet, qu’il est possible de raconter une histoire, même complexe et multiforme, en se passant quasiment des ressources du langage… L’oulipien Georges Perec avait étonné naguère le monde des lettres en élaborant un long récit qui se privait de la lettre « e ». Christian De Metter va plus loin en approchant la totale disparition du langage. De nombreuses planches sont ainsi totalement dépourvues de texte, à l’exception, parfois, d’une onomatopée censée reproduire un bruit particulier. Le dessinateur, au sommet de son art, rêve de se passer totalement du recours au texte. Et il n’est pas loin d’y parvenir…


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L’Eau de la vie, d’Olivier Py. Un conte de Grimm revisité pour le théâtre

par Stéphane Labbe

_L’Eau de la vie_ («Théâtre », _l’école des loisirs_, 1999), réécriture théâtrale d’un conte des frères Grimm, fait partie des ouvrages dont la lecture est préconisée par le ministère de l’Éducation nationale. La pièce présente par ailleurs l’intérêt d’entrer en résonance avec trois grandes thématiques du nouveau programme de sixième: le « récit d’aventures », «résister au plus fort », et « le monstre, aux limites de l’humain ». Cette séquence sollicitera la plupart des compétences travaillées au cycle 3. Il convient toutefois d’avoir déjà abordé au moins une fois la représentation du monstre en littérature et d’avoir étudié un conte merveilleux pour en tirer pleinement profit. _L’Eau de la vie_ est une œuvre poétique qui peut conduire les élèves à questionner le sens de l’existence. Le thème de la mort y est évoqué sans détour et avec optimisme. L’auteur, se gardant d’apporter une réponse univoque aux angoisses que peut susciter la question, choisit de montrer que la vie après la mort relève de la mémoire individuelle et collective, des usages de l’humanité, et – pourquoi pas ? – d’un au-delà dont le personnage de l’Ange se révèle l’interprète.


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Dictionnaire de mythologie arthurienne, de Philippe Walter

par Jean-Charles Berthet

D’où viennent les récits et les personnages du monde arthurien ? Que signifient leurs noms ? Pourquoi faut-il s’intéresser aux sources celtiques dès lors que l’on explore ce monde arthurien ? Vastes et passionnantes questions auxquelles Philippe Walter s’est consacré tout au long de sa carrière universitaire. Avec ce _Dictionnaire de mythologie arthurienne_ (Imago, 2014), il apporte des débuts de réponses à ces questions en adoptant un point de vue relativement nouveau – celui de la mythologie et de l’imaginaire. Car l’auteur défend une thèse fondamentale – il entend démontrer que « _le roman arthurien est incompréhensible sans le recours à la mythologie celtique (galloise ou irlandaise)_ » (p. 9).


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Envoyée spéciale, de Jean Echenoz

par Norbert Czarny

Roman: le mot figure en couverture d’«Envoyée spéciale » (éditions de Minuit, 2016). Il était déjà présent sur celles de «14», de «Ravel » et de la plupart des livres publiés par Jean Echenoz, mais là, en trois cents pages, c’est une vraie fête du genre. Du genre romanesque comme jeu… Voyons l’intrigue. Pour commencer, nous n’en dévoilerons pas tout, pour faire comme ce narrateur omniscient qui, ici et là, prétend ne pas savoir, comprendre ou connaître… Le général Bourgeaud, du service Action, charge Paul Objat, aliasVictor, de lui trouver une femme susceptible d’accomplir en Extrême-Orient une mission très délicate – exfiltrer un dignitaire après avoir obtenu de lui, sur l’oreiller, de précieuses informations. Le pays où vit Gong (le prénom du dignitaire) est désigné en fin de deuxième partie de l’ouvrage, mais nous laisserons au lecteur le soin de le découvrir, de même qu’il découvrira alors certaines particularités de ce pays.


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Présence de Roland Barthes

par Yves Stalloni

Pour fêter le centenaire de la naissance de Roland Barthes, plutôt qu’un exposé, nous souhaiterions proposer un rapide abécédaire permettant un vagabondage libre, une forme fragmentaire que Barthes lui-même a toujours privilégiée. Un répertoire de vingt-six lettres risquait toutefois d’être un peu long. Nous nous sommes donc arbitrairement arrêté à quatorze entrées, ce qui ne fournira qu’un aperçu des territoires barthésiens et se limitera à une ambition apéritive… **A** comme ANNIVERSAIRE – Roland Barthes est né le 12 novembre 1915 à Cherbourg. Il y a juste cent ans. Son père est officier de marine marchande et, mobilisé comme enseigne de vaisseau, il meurt en 1916 dans une bataille navale en mer du Nord. L’enfant sera élevé par sa mère à qui il voue un attachement profond et dont il partagera la vie, sans jamais songer au mariage. Une citation – «_Je commençais à marcher, Proust vivait encore, et terminait la Recherche_ » (Roland Barthes par Roland Barthes, Seuil, 1975).


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Une lecture du Monde d’hier, de Stefan Zweig. Un livre à lire… et à enseigner aujourd’hui

par Alexandre Lafon

Stefan Zweig fut un témoin privilégié, à son corps défendant, du drame et du naufrage politiques et idéologiques que vécut l’Europe dans ce que l’historien Eric Hobsbawm appela le « court XXe siècle ». Né le 28 novembre 1881 à Vienne (Autriche), l’auteur de «Amok» et de « La Confusion des sentiments » se suicide, apatride, en 1942, au Brésil, après avoir écrit et livré au monde, sous la forme d’une autobiographie, une sorte de testament intellectuel de l’Europe – _Le Monde d’hier. Souvenirs d’un Européen_. Ce livre magnifique, tant du point de vue du témoignage historique que de la puissance de l’écriture, doit être lu aujourd’hui encore dans le contexte culturel, politique et économique toujours difficile d’une Europe funambule… « _Jamais je n’ai aimé davantage notre vieille terre que dans ces dernières années d’avant la Première Guerre mondiale, jamais je n’ai espéré davantage l’unification de l’Europe, jamais je n’ai cru davantage en l’avenir que dans ce temps où nous pensions apercevoir une nouvelle aurore_ » (p. 230). Ce passage semble résumer à lui seul toute la déception de Zweig face au sort que connaît une Europe qu’il fuit au début des années 1930. Enfant de la petite-bourgeoisie autrichienne, le futur poète et romancier se rappelle l’atmosphère de progrès que connut selon lui l’Europe avant 1914. L’utilisation du possessif pluriel inscrit d’emblée la narration dans un passé partagé par toute une génération, celle de la bourgeoisie intellectuelle d’alors. Zweig suit le sillage d’un Charles Péguy, exaltant la « confiance » et l’« optimisme» de l’époque. Pour lui, l’accélération du temps, du progrès, des idées, était effective et bienvenue, comme une « _vague tonique de force_ » (p. 235) qui touchait les lettres, l’écriture, l’hygiène, le sport… La dimension personnelle du récit constitue la trame de l’ouvrage, ainsi que s’en excuse presque l’auteur dans sa préface – « Il a fallu beaucoup d’événements, infiniment plus de catastrophes et d’épreuves qu’il n’en échoit d’ordinaire à une seule génération, avant que je trouve le courage de commencer un livre qui eût mon propre moi pour personnage principal » (p. 7). Stefan Zweig s’emploie avant tout, en spectateur qui se sait privilégié, à rendre sensible l’esprit de liberté et d’échanges que l’Europe a connu avant la Grande Guerre. Cet esprit marqua en particulier la République des Lettres, chère au maître humaniste Érasme, cité à plusieurs reprises dans le texte. La manière autobiographique choisie accentue davantage encore le regret de l’âge d’or – âge d’or de la jeunesse bourgeoise et insouciante à Vienne, âge d’or de la formation intellectuelle et des voyages dans les grandes capitales européennes, ouvertes et accueillantes, dans lesquelles Zweig a vu s’épanouir l’internationale de la littérature, de la poésie et de la musique.


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Une histoire de fou, de Robert Guédiguian

par Antony Soron

Le réalisateur de _Marius et Jeannette_ a opté pour une trajectoire cinématographique originale. En effet, si l’on suit la chronologie de sa filmographie, il part du « Vieux-Port d’attache » d’une partie des Arméniens de la diaspora pour revenir, dans son dernier film, sur les origines du mal, la cause de l’exode, à savoir le génocide de son peuple, ce massacre perpétré par le parti nationaliste des Jeunes-Turcs qui a causé un million et demi de morts. Ce retour vers la plaie originelle démontre une nouvelle fois que, pour beaucoup d’artistes majeurs, dont Robert Guédiguian, « _l’imaginaire est une cicatrice_ », pour reprendre l’expression de l’écrivain québécois Hubert Aquin, et que l’œuvre d’une vie découle souvent, pour l’essentiel, d’une blessure historique fondamentale… L’intrigue d’_Une histoire de fou_ retrace le parcours d’Aram, jeune Arménien converti à la lutte armée pour faire reconnaître la cause de son peuple, c’est-à-dire non seulement la mémoire du génocide, mais aussi le droit au retour à la terre originelle.


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Madame Bovary, de Sophie Barthes

par Anne-Marie Baron

La réalisatrice française Sophie Barthes, installée à New York depuis 1999, a étudié le cinéma à l’université de Columbia, s’est passionnée pour la Nouvelle Vague comme pour Woody Allen, et a fait partie en 2007 des «vingt-cinq nouveaux visages du cinéma indépendant américain», liste publiée chaque année par le magazine de référence _Filmmaker Magazine_. D’abord documentariste, elle réalise en 2010 son premier long-métrage de fiction, Cold Souls (Âmes en stock), une comédie de science-fiction qui doit beaucoup à Paul Giamatti, son interprète principal. Curieusement, elle s’attaque ensuite à une reconstitution d’époque de _Madame Bovary_, et le résultat est magnifique… Très libre sans pourtant être une transposition, cette vingt et unième adaptation conserve le canevas général du roman, mais, loin de la fidélité obsessionnelle d’un Chabrol (1991), en supprime certains éléments, et non des moindres, comme, par exemple, la rencontre avec Charles, le bal de la Vaubyessard, ou l’enfant d’Emma, à peine suggéré par un regard indifférent sur une mère qui allaite. Alors que, dans le roman, il faut attendre le chapitre V pour qu’Emma, objet du regard de Charles, devienne sujet, et pour que le lecteur ait accès à sa conscience, le film s’ouvre sur la course de la jeune femme, qui vient d’absorber le poison, dans la forêt d’Argueil où elle s’est promenée à cheval avec Rodolphe. Plongée sur son visage torturé, insert sur le flacon qu’elle tient à la main, contreplongée sur les frondaisons et le ciel impitoyable.


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Le manuel scolaire, un objet sacré en voie de disparition ? Enjeux et utilisations du « livre de français »

par Pascal Caglar & Antony Soron

C’est en 2010, la dernière fois, que le manuel scolaire a officiellement retenu l’attention de l’Inspection générale avec un rapport sobrement intitulé _Le Manuel scolaire à l’heure du numérique_. Ce rapport, plus descriptif que prescriptif, plus proche de l’enquête sociologique que de la mise au point normative, a cependant mis en perspective le regard porté par l’institution sur les usages du manuel dans le système scolaire français… Tel qu’il est défini dans ce rapport, le manuel répond à un double objectif – « _outil didactique_ » chargé de décliner savoirs et connaissances prescrits par les programmes (complété par le livre du professeur), il est aussi un « outil pédagogique » fournissant à l’enseignant et à l’élève des supports pour l’acquisition des savoirs. « _Ouvrage de référence_ » diffusé dans tous les établissements, le manuel participe à l’égalité d’accès aux savoirs sur tout le territoire. Cet effet unificateur, sinon républicain, rend d’autant plus importante la liberté accordée aux éditeurs. Ni contraints de confier la rédaction de leurs ouvrages à des inspecteurs, ni soumis à l’obtention d’un label, ils n’ont finalement de comptes à rendre qu’aux enseignants – ces derniers demeurant, au final, les véritables arbitres des ouvrages scolaires pressentis lors des conseils pédagogiques.


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UPE2A – premiers pas d’élèves en France et en français

par Nadine Croguennec et Stéphane Paroux

Il est 8 h du matin ce mercredi 26 août 2015. Une quarantaine d’adolescents nouvellement arrivés en France attendent de passer les tests préalables à leur affectation en UPE2A (Unité pédagogique pour élèves allophones arrivants). Ils sont venus accompagnés d’un parent ou d’un éducateur… Le tout premier contact entre le jeune et l’évaluateur va s’établir par le regard. Le regard bienveillant de l’adulte qui veut rassurer et celui de l’adolescent perdu et interrogateur – Quelles questions on va me poser ? dans quelle langue on va me parler ? Est-ce que je vais réussir ?…


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« L’École des lettres », toujours ouverte à vos réflexions et à vos recherches, vous souhaite une très belle année 2016 !
Nous remercions par avance toutes celles et ceux qui viendront rejoindre une rédaction indépendante, soucieuse avant tout de l’intérêt des élèves, pour faire part de leurs expériences, de leurs recherches, et de leurs attentes. C’est bien sûr avec plaisir que nous contribuerons à mettre en valeur le travail de vos classes et vos propres démarches pédagogiques, et que nous ouvrirons avec vous les débats qu’appelle l’avenir de l’enseignement.

Claude Riva, Marie-Hélène Sabard
Pour nous contacter – courrier@ecoledeslettres.fr