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Sommaire n°4, 2015-2016

ALBUM

« Prosper-Bobik », de Maurice Sendak

Par par Christian Poslaniec

« On apprend très tôt que nos parents ne peuvent pas nous protéger… » Le dernier album publié du vivant de Maurice Sendak, en 2011, un an avant sa mort, vient de paraître à l’école des loisirs dans une traduction française d’Agnès Desarthe. À la première lecture, rapide, cette bande de cochons en train de festoyer pour le neuvième anniversaire du héros – c’est la première fois qu’on lui fête son anniversaire – ne semble être qu’une bande de cochons en train de festoyer, nonobstant le dessin si particulier de Maurice Sendak. Mais si, dans de nombreux albums récemment publiés, les clins d’oeil au lecteur abondent, si on en saisit le propos dès la première lecture, celui de Sendak donne l’impression que, pour en découvrir les arcanes, il va falloir le mériter… Quand _Prosper-Bobik_ paraît aux États-Unis (sous le titre de _Bumble- Ardy_), il y a presque deux décennies que Sendak n’a rien publié de son cru. Il a certes illustré des textes d’autres auteurs, mais c’est différent. D’ailleurs, la presse américaine salue cette parution comme un événement, et le livre rencontre tout de suite le succès, bien que certains parents expriment des réticences. Même si ce fut le cas pour tous les livres de Sendak, on en reste intrigué – quelle menace ces parents ont-ils bien pu percevoir dans _Prosper-Bobik_ ?

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BANDE DESSINÉE

« Astrid Bromure », de Fabrice Parme

Par par Édith Revellat

Une aventure acidulée et pleine de mordant Après plusieurs projets réalisés en collaboration (avec Lewis Trondheim, « _Venezia _», chez Dargaud, « _Le Roi Catastrophe_ » et « _OVNI _», chez Delcourt, et avec Alain Surget, « _Les Enfants du Nil_ », chez Flammarion Père Castor), c’est en solo que Fabrice Parme inaugure aux éditions Rue de Sèvres une nouvelle série jeunesse intitulée «Astrid Bromure ». Derrière ce titre aussi excentrique qu’intriguant se cache une jeune héroïne pétillante et pleine d’esprit, bien déterminée à ne pas se laisser mener en bateau par les adultes et leurs histoires à dormir debout ! Petite fille de bonne famille, Astrid Bromure habite une luxueuse demeure perchée au sommet d’un building en plein coeur de New York. Durant l’absence de ses parents, la riche héritière se voit confiée aux bons soins de Mme Dottie et de Benchley, respectivement gouvernante et majordome de la maison. Fille unique et sans amis, Astrid cherche désespérément un moyen de tromper son ennui et sa solitude. La chute imminente de l’une de ses dents de lait devient très vite l’occasion rêvée d’apporter enfin un peu de sel à son après-midi.

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ACTUALITÉ DES CLASSIQUES

« Le Livre de la jungle », de Rudyard Kipling

Par par Marie Dupraz

Réalisé par Jon Favreau à partir des nouvelles intemporelles de Rudyard Kipling, ce nouveau Livre de la jungle s’inspire du fameux dessin animé produit par les studios Disney en 1967. Mais, cette fois, c’est un film en prises de vue réelles qui relate l’épopée de Mowgli (Neel Sethi, un jeune New-Yorkais de dix ans), le petit d’homme élevé par une meute de loups. Tout le monde connaît l’histoire – un jour, Mowgli découvre qu’il n’est plus le bienvenu dans la jungle ; le terrible tigre Shere Khan (voix originale d’Idris Elba) a promis d’éliminer celui qu’il considère comme une menace en devenir. Contraint d’abandonner le seul foyer qu’il ait jamais connu, Mowgli se lance dans un voyage initiatique, une quête de lui-même dans laquelle il sera guidé par un mentor exigeant, la panthère Bagheera (voix originale de Ben Kingsley), et par l’ours Baloo, qui a l’esprit beaucoup plus large (voix originale de Bill Murray qui, soit dit en passant, la prête aussi au chat fainéant Garfield)… En chemin, Mowgli va rencontrer des créatures plus ou moins bienveillantes, tel Kaa, un python dont la voix séduisante (celle de Scarlett Johansson dans la version américaine – on notera que, pour la première fois, le python est une pythone…) et le regard si particulier hypnotisent le petit d’homme, ou encore le Roi Louie, un gigantopithèque beau parleur (voix originale de Christopher Walken), qui tentera d’obtenir de lui le secret de la « fleur rouge » – le feu… Ce nouveau Livre de la jungle promet de plonger les spectateurs dans un univers enchanteur et luxuriant, et de leur offrir une expérience immersive inédite qu’ils découvriront dans les salles le 13 avril 2016.

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« Les Sœurs Brontë à Bruxelles », d’Helen MacEwan

Par par Stéphane Labbe

Le 21 avril 2016, on célébrera le bicentenaire de la naissance de Charlotte Brontë. La romancière est certes connue pour son célébrissime « Jane Eyre », mais aussi pour avoir été la sœur d’Emily, auteur d’un chef-d’œuvre absolu, «Les Hauts de Hurle-Vent ». La « Brontë Society », qui a son siège au Brontë Parsonage Museum d’Haworth (le presbytère de ce village du Yorkshire où les soeurs ont passé la majeure partie de leurs brèves existences), se prépare à célébrer l’événement en multipliant les initiatives – commémorations diverses, conférences et publications. Et les librairies anglaises placent sur leurs gondoles, au milieu des best-sellers, la dernière biographie de Charlotte due à la plume experte et plusieurs fois primée de Claire Harman. Sur le continent, l’éditeur belge CFC-Éditions anticipe le bicentenaire en publiant une traduction d’une excellente étude d’Helen MacEwan, écrivain d’origine britannique et Bruxelloise d’adoption, Les Sœurs Brontë à Bruxelles. L’ouvrage revient sur les deux années passées par Charlotte à Bruxelles. En février 1842, cette dernière, accompagnée par sa cadette, la taciturne Emily, débarque dans la capitale belge pour y parfaire son français. Elle a l’intention d’ouvrir, dans les murs du presbytère de Haworth, une école pour jeunes filles, et est persuadée que l’enseignement du français pourrait y attirer les jeunes femmes de la bourgeoisie avoisinante. L’ouvrage d’Helen MacEwan s’intéresse autant à la biographie des deux sœurs qu’à la ville de Bruxelles dans les années 1840. Une riche documentation iconographique illustre le propos et permet au lecteur de découvrir les lieux qui ont inspiré Villette, le dernier roman de Charlotte Brontë, considéré par beaucoup (dont Virginia Woolf) comme son chefd’œuvre. La ville de Villette est, en réalité, Bruxelles, et l’intrigue reprend sur le mode fantasmatique les errances sentimentales de l’auteur.

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« Montaigne. La Splendeur de la liberté », de Christophe Bardyn

Par par Yves Stalloni

On ne s’en plaindra pas – Montaigne semble bénéficier ces derniers temps d’un regain de faveur. Le magazine Lire lui consacrait, en novembre 2015, un solide dossier, annoncé en couverture par le titre – «Montaigne, notre contemporain ». Il y a eu, dans un passé récent, les chroniques radiophoniques très appréciées d’Antoine Compagnon, devenues _Un été avec Montaigne_ (éditions des Équateurs, 2013), l’essai roboratif de la Britannique Sarah Bakewell, _Comment vivre ? Une vie de Montaigne en une question et vingt tentatives de réponse_ (Albin Michel, 2013 ; Le Livre de Poche, 2014). Il y a aujourd’hui le dernier livre d’un fin connaisseur du Gascon, Jean-Michel Delacomptée, Adieu Montaigne (Fayard, 2015) et, enfin, une nouvelle biographie due à un jeune universitaire, Christophe Bardyn, et joliment intitulée – Montaigne. _La Splendeur de de la liberté_ (Flammarion, 2015). Arrêtons-nous à ce dernier ouvrage, qui ne cache pas son ambition – renouveler la vision que nous avons de l’auteur des Essais. Pour Christophe Bardyn, l’image de Montaigne a été, après des siècles de glose et de citation, faussée, altérée, édulcorée. Non par malveillance ou calcul, plutôt par excès d’admiration, par abus interprétatif, par respect hagiographique. Résultat – « La physionomie de Montaigne s’est peu à peu figée », et il serait temps de « _restaurer l’image originale de ce penseur, en lui rendant sa forme et ses couleurs propres_ ».

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ROMAN GRAPHIQUE

« Mitterrand. Un jeune homme de droite », de Philippe Richelle et Frédéric Rébéna

Par par Tramor Quemeneur

La commémoration, en 2016, du vingtième anniversaire du décès de François Mitterrand et du centenaire de sa naissance conduit à de nombreuses publications. L’une d’elles sort toutefois du lot. En effet, pour la première fois, François Mitterrand fait l’objet d’une bande dessinée, avec Philippe Richelle au scénario et Frédéric Rébéna au dessin. Intitulé Mitterrand. Un jeune homme de droite, ce roman graphique, paru aux éditions Rue de Sèvres fin 2015, évoque les années de jeunesse de François Mitterrand, de ses dix-neuf à ses vingt-neuf ans, soit de 1935 à 1945. Depuis « Une jeunesse française », de Pierre Péan (Fayard, 1994), on sait que le parcours de François Mitterrand a été pour le moins trouble au cours de cette période. Cette enquête avait suscité un important débat public lors des derniers mois de la vie de l’ancien président. Les auteurs reviennent sur cette décennie de manière très documentée, didactique et sobre.

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Entretien avec Philippe Richelle

Par

Entré en BD il y a trente ans, ce Liégeois discret aux allures d’éternel étudiant est passionné (et diplômé) de sciences politiques. Sa spécialité ? Les arcanes de la politique, justement, avec _Les Coulisses du pouvoir_ (Casterman) ou _Les Mystères de la République_ (Glénat), les combines de la finance, avec _Secrets bancaires_ (Glénat) et l’Histoire, notamment celle de la Seconde Guerre, comme en témoignent les célèbres _Amours fragiles_ (Casterman). Rien que des séries ambitieuses, documentées avec une précision de chartiste, mais aussi palpitantes que des polars. La critique salue immanquablement la force et la rigueur de ses scénarios, lesquels sont souvent récompensés, et toujours applaudis par les lecteurs. Avec Mitterrand. Un jeune homme de droite, récemment paru aux éditions Rue de Sèvres, Histoire et politique étaient au rendez-vous. Pour ce roman graphique, Philippe Richelle s’est associé le talent de Frédéric Rébéna, l’homme des albums biographiques exigeants (Le Corbusier, Robert Laffont, Stig Larsson). Il a accepté d’évoquer leur travail dans les pages de _L’École des lettres_.

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ROMAN CONTEMPORAIN

« Aussi loin que possible », d’Éric Pessan & « La Perspective du condor », de Christian Garcin

Par par Frédéric Palierne

Angle, perspective, point de vue… – le vocabulaire que nous empruntons à la géométrie pour définir nos idées, nos regards et nos prises de position est pluriel. Éric Pessan et Christian Garcin jouent, chacun à sa manière, de ces déplacements de point de vue, et apportent un regard renouvelé aussi bien sur les choses que sur la construction de l’individu. Dans _Aussi loin que possible_ (_l’école des loisirs_, 2015; prix NRP de littérature jeunesse 2015-2016), Éric Pessan lance ses héros, sans grande préparation, dans la course. Il reprend presque mot pour mot l’incipit de _Voyage au bout de la nuit_, à ceci près que « _Ça a débuté comme ça_ » devient chez Éric Pessan – « _Ça a commencé comme ça_ » (ce qui était d’ailleurs la première version de Céline). Le clin d’œil n’en est pas moins là, ce qui est assez intrépide, mais parfaitement adapté à cette histoire de défi. Et les « _Aussi loin que possible_ », d’Éric Pessan & « _La Perspective du condor_ », de Christian Garcin Des romans qui ne manquent pas de souffle deux jeunes de courir, sans idée préconçue – « _Et pourtant c’est la vérité. On a compté jusqu’à trois, on est partis, et on a couru droit devant, et c’est tout ce qu’il y a à dire._ » Non, bien sûr, ce n’est pas tout – le ressort qui vient de se détendre propulse ces deux jeunes dans un marathon qui les emmène au-devant des vraies questions. Le roman de Christian Garcin, avant de raconter quoi que ce soit, repose sur cette contiguïté des territoires qui fait de chacun un autre irremplaçable ; Solena Kilometra est une sterne irritable, Raúl Bolívar Estremaduro un nandou mathématicien et Juan Pablo Ignacio IV le grand condor, très au-dessus de la mêlée. L’écrivain géographe, qui a parcouru de sa plume _Le Vol du pigeon voyageur_ (Gallimard, 2000) et _La Piste mongole_ (Verdier, 2009), s’offre ici une Patagonie de fantaisie, un royaume de conte, mais tout à fait plausible quant aux créatures qui le composent. La multiplicité des temporalités, chacune étant liée à l’espérance de vie de l’espèce, rend le temps de la mémoire précieux – échanger avec une baleine, c’est se confronter à des siècles de souvenirs.

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ACTUALITÉ LITTÉRAIRE

« À la table des hommes », de Sylvie Germain

Par par Yves Stalloni

À la page 186 de son dernier roman, «À la table des hommes » (Albin Michel, 2016), Sylvie Germain prête à son personnage, adolescent qui aime à explorer le dictionnaire, les réflexions suivantes – « Les mots sont déjà des histoires à eux seuls, ils viennent de loin, ils se sont transformés au cours du temps ; ils sont souvent composés de plusieurs éléments, beaucoup ont des significations différentes, certains sont pareils à des puits pleins d’échos. » Dans un discret effet de mise en abyme, cet hommage aux mots reçoit une magistrale illustration dans ce livre, car la romancière, dont les talents ne sont plus à vanter, semble souhaiter leur donner la priorité, instaurer un « parti pris des mots », quitte à faire passer au second plan, par la grâce de ce foisonnement lexical, l’intrigue elle-même, pourtant riche et ambitieuse. Cette allégeance au vocabulaire, règle première, en théorie, de l’art d’écrire, est perceptible dès les premières pages de ce fascinant roman quand, avec autant de virtuosité que de culot, l’auteur s’attarde sur le malheureux destin d’une famille de… cochons. Les efforts de la truie, dont nous assistons à l’agonie, puis l’errance d’un porcelet, sauvé par une nourrice à forme humaine, attiré par une daine au destin éphémère, traqué par des chasseurs amateurs de ripaille, constituent l’essentiel d’une première partie haletante, remplie de l’odeur d’une nature vivante, de l’agitation des animaux, du bruissement des arbres, du ruissellement des ruisseaux et du rayonnement du soleil. En l’absence de cet incorrigible prédateur qu’est l’homme, la Terre est rendue à sa vérité et à son étrange beauté.

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Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature 2015

Par par Norbert Czarny

Recevoir un Nobel est certes une reconnaissance mais peut aussi statufier un écrivain. À lire le palmarès du prix, on s’aperçoit que bien des noms sont tombés dans l’oubli ou que la gloire d’un jour n’a pas offert à l’auteur l’universalité promise. Svetlana Alexievitch est connue depuis longtemps. En France, _Les Cercueils de zinc_ (1991) et _La Supplication_ (1998) ont été adaptés au théâtre. _La Fin de l’homme rouge_ (2013) a reçu le prix Médicis essai. La publication dans la collection « Thesaurus » d’Actes Sud de trois de ses livres a précédé de peu l’attribution du prix Nobel. Mais qu’est-ce qui rend cette œuvre aussi importante, voire essentielle ? Lire Svetlana Alexievitch, c’est d’abord écouter des voix. Et, au-delà de ces voix, les menus faits d’une existence, la poussière de détails apparemment anodins qui font la trame des jours. Tous ses livres sont tissés de récits qu’elle a entendus et transcrits au fil des ans. Comme elle l’écrit dans La guerre n’a pas un visage de femme – « _Je marche sur les traces de la vie intérieure, je procède à l’enregistrement de l’âme. Le cheminement de l’âme est pour moi plus important que l’événement lui-même \[…]. J’écris l’histoire des sentiments. Non pas l’histoire de la guerre ou de l’État, mais l’histoire d’hommes ordinaires menant une vie ordinaire, précipités par leur époque dans les profondeurs épiques d’un événement colossal. _»

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« Sans entraves et sans temps morts », de Cécile Guilbert

Par par Alain Beretta

Il y a un demi-siècle, bien des critiques littéraires étaient simultanément de véritables écrivains qui touchaient, au-delà des spécialistes, un public passionné – pensons à Jean Starobinski, François Mauriac, Maurice Blanchot, Roland Barthes ou Marthe Robert. Hélas, ce talent se fait actuellement plus rare, et c’est pourquoi les amoureux des livres doivent faire fête à _Sans entraves et sans temps morts II_ (Grasset, 2015). À la suite d’un premier volume du même titre, Cécile Guilbert, romancière (_Le Musée national, Réanimation_) et essayiste (sur Saint-Simon, Sterne, Debord et Warhol), poursuit, d’une même plume incisive, son panorama des écrivains et artistes qu’elle admire, du XVIIe siècle à nos jours. Les quelque soixante-cinq études présentées dans ce volume réunissent des articles parus entre 2008 et 2013 dans plusieurs magazines et revues, ainsi que des préfaces à divers ouvrages. L’auteur ouvre son recueil par un texte intitulé « En guise de préface », dans lequel elle expose la manière dont elle a composé son anthologie – loin d’une démarche cérébrale, Cécile Guilbert s’inscrit dans « l’art de la préface », tel que le définit Pierre Bergé dans l’ouvrage portant ce titre – il s’agit de « _suivre exclusivement ses inclinations, son bon plaisir \[…], car quelle boussole plus sûre et quel meilleur gage de cohérence que son propre goût ?_ ». Ses études sont classées en huit chapitres, mais, plutôt que de les suivre dans l’ordre, nous préférons les regrouper selon les époques ou les types d’écriture autour desquels elles s’articulent.

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MÉDIAS, POÉSIE ET SOCIÉTÉ

« Charlie », l’irrévérence et le symbole. Entretien avec les auteurs de « De Charlie Hebdo à #Charlie »

Par par Jean-Marie Samocki

Les attentats de 2015 ont profondément choqué nos élèves. Le premier acte terroriste de l’année a décimé une grande partie de la rédaction de Charlie Hebdo et ceux qui faisaient la vie du journal au quotidien. Les menaces contre l’hebdomadaire satirique étaient nombreuses depuis qu’il avait pris position en publiant des caricatures de Mahomet. Il était devenu très vite, et bien malgré lui, un symbole que le slogan « Je suis Charlie » a immortalisé et cristallisé. Une situation paradoxale pour un titre qui s’est toujours voulu irrévérencieux et n’a jamais souhaité porter une morale. David Vauclair et Jane Weston Vauclair – deux universitaires spécialisés respectivement dans la géopolitique et la presse satirique – ont publié une synthèse historique et sociologique saluée par la critique qui replace Charlie dans une histoire française – _De Charlie Hebdo à #Charlie – enjeux, histoire, perspectives_ (Eyrolles, 2015). C’est l’occasion de dresser avec eux le portrait d’un journal devenu emblématique afin d’éviter les simplifications qui en feraient un étendard univoque.

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« Un automne à Paris », une chanson d’Amin Maalouf, interprétée par Louane, à étudier en classe

Par par Antony Soron

À l’initiative de Najat Vallaud-Belkacem, le trompettiste Ibrahim Maalouf a composé la musique de la chanson _Un automne à Paris_ sur un poème de son oncle, l’écrivain et académicien Amin Maalouf. Cette chanson est un hommage aux victimes des attentats de janvier et novembre 2015, que le ministère de l’Éducation nationale a voulu « _à destination des élèves_ ». Le samedi 9 janvier 2016, accompagnés par l’Orchestre national de France et la Maîtrise de Radio France, Ibrahim Maalouf et Louane l’ont enregistrée à la maison de la Radio, ce qui a permis la diffusion d’un texte dont la valeur commémorative n’est pas l’unique mérite…

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PÉDAGOGIE PRATIQUE

Compétences et formation professionnelles – sortir du flou. Comment devenir vraiment professeur de lettres ?

Par par Sylvie Justome

À quelques semaines des tragiques attentats perpétrés en 2015 par de jeunes Français pourtant passés par le parcours de culture scolaire commune et les attentes du « socle commun 2005 », avec ses sept compétences (connaissances, savoir-faire, attitudes…), on ne peut éviter de s’interroger sur une situation déjà analysée par l’historien Jean-Pierre Vernant dans Entre mythe et politique (Seuil, 1996) – « _Il y a aujourd’hui comme une dispersion des individus ; et, en même temps, un consensus relatif de la part du corps social, pour accepter des phénomènes d’exclusion._ » À quelques mois aussi de la mise en application de la réforme du collège, des nouveaux programmes et du nouveau socle (BO 17 du 23 avril 2015), il est légitime de s’interroger sur les priorités à mettre en œuvre pour la formation professionnelle non seulement des futurs enseignants de lettres, mais aussi des professeurs actuels, par les formateurs, tuteurs, accompagnateurs et inspecteurs.

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Travail en équipe des enseignants – utopie ou réalité ? Enjeux et utilisations du « livre de français »

Par par Pascal Caglar & Antony Soron

Si le lexique institutionnel recourt spontanément à des expressions comme « équipe pédagogique » ou « communauté éducative », au quotidien, le professeur se retrouve le plus souvent seul devant sa classe, seul devant ses copies, seul devant ses préparations de cours. Difficile donc de se le dissimuler, la perception du métier d’enseignant, et notamment d’enseignant de lettres, demeure profondément individualiste. Les potentialités de la démarche collaborative seraient-elles totalement abolies au sein des établissements scolaires du second degré ? C’est à partir de cette interrogation que, en 2001, le ministère de l’Éducation nationale a commandé une vaste étude sur le « travail en commun des enseignants dans le second degré ». L’enjeu était de mieux connaître la réalité des pratiques collectives afin d’encourager leur développement. Et cette enquête se révèle riche… d’enseignements.

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Du côté des « profs docs » – quand un défi lecture se fait prix littéraire

Par par Sandrine Vigato, APDEN Reims

Le défi lecture du bassin d’Épernay, qui existe depuis une vingtaine d’années, fédère aujourd’hui environ six cents élèves et engage treize établissements. Ce projet, qui prend chaque année de plus en plus d’ampleur, devient peu à peu un prix littéraire. En quoi consiste-t-il ? Comment a-t-il évolué ? Et quelles sont ses perspectives ? Aux origines du défi… Si le défi a trouvé son ancrage local définitif dans le bassin d’Épernay, il faut, pour remonter à ses origines, regarder plus loin, jusqu’aux confins des départements de la Marne et de l’Aube – en effet, c’est là qu’il y a une vingtaine d’années deux professeurs documentalistes ont initié le projet en faisant concourir leurs élèves respectifs. À l’époque, il se nommait « Mots et images » et consistait à poser des questions et à faire des dessins. Au fil du temps et des mutations professionnelles de ses différents acteurs, le partenariat interdépartemental s’étiolera pour, en 2002, circonscrire le défi au bassin d’Épernay. Jusqu’en 2012, seuls les collèges d’Épernay, de Vertus, de Mareuille-Port et de Montmort s’engageront dans le défi. Puis, à compter de cette date, d’autres collèges du bassin ainsi que le lycée Stéphane Hessel viendront les rejoindre, donnant ainsi au projet un souffle nouveau et une plus grande envergure. Aujourd’hui, c’est une quinzaine de professeurs documentalistes, dont beaucoup sont adhérents à l’APDEN (ex-FADBEN) de Reims, mais aussi des professeurs des écoles, des libraires, des bibliothécaires et des auteurs qui écrivent l’histoire de ce défi lecture.

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