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Sommaire n° 4, 2016-2017

« Bettina », de Cati Baur, d’après Malika Ferdjoukh

par Édith Revellat & Stéphane Labbe

Les «Quatre sœurs » de Malika Ferdjoukh ont marqué une génération de lecteurs. Après la disparition brutale de leurs parents dans un accident de voiture, les cinq filles Verdelaine se retrouvent orphelines et livrées à elles-mêmes. Charlie, l’aînée, a mis fin à ses études pour prendre soin de la fratrie et s’occuper de la grande demeure familiale. Mais, deux ans après le décès de leurs parents, les économies sur lesquelles vivait la tribu ont fondu. Pour faire face, Charlie ne voit donc d’autre solution que de mettre en location la chambre parentale. Cette proposition fait souffler un vent d’effroi chez les sœurs Verdelaine. Depuis 2011, l’illustratrice Cati Baur s’est attelée avec brio à l’adaptation de la tétrade en BD, développant, depuis deux albums déjà, les tribulations des sœurs Verdelaine. Après l’intrépide Enid et la réservée Hortense, la dessinatrice, fidèle à la chronologie de la saga d’origine, consacre ce troisième tome 2 à la coquette Bettina, âgée de quatorze ans. Tome après tome, au rythme des saisons, Cati Baur nous fait pénétrer dans l’intimité de cette fratrie haute en couleurs dont elle croque le quotidien avec une infinie tendresse. Mais, en filigrane des petits affres et bonheurs qui rythment la vie de tous les jours, se devine toujours l’ombre fugace du drame vécu par les cinq sœurs.


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Du roman à la bande dessinée. Rencontre avec Cati Baur & Malika Ferdjoukh à l’ÉSPÉ de Paris

animée par Antony Soron & Geneviève Di Rosa

Comme les anciens programmes, la réforme du collège invite les enseignants de français à intégrer la lecture de l’image dans leurs cours. La bande dessinée et/ou le roman graphique offrent pour ce faire un excellent support, dans la mesure où ils permettent de travailler avec les élèves le langage à la fois verbal et non verbal, de même que l’articulation entre textes et images. C’est sur ce thème, et notamment sur l’adaptation par Cati Baur de la célèbre série «Quatre sœurs», de Malika Ferdjoukh, que portait, le 14 décembre dernier, la journée d’étude organisée par Antony Soron, maître de conférences responsable du parcours lettres à l’École supérieure du professorat et de l’éducation de Paris Sorbonne. En compagnie de Geneviève Di Rosa, professeur agrégé de lettres et histoire des arts à l’ÉSPÉ, elles ont pu explorer devant les enseignants en formation sur le site Molitor les enjeux culturels et pédagogiques inhérents à l’adaptation des œuvres littéraires


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La parfaite translation

par Malika Ferdjoukh

Alfred Hitchcock prenait un grand soin à choisir ses acteurs car, certifiait-il, si le bon acteur est à la bonne place, il n’y a plus qu’à savourer la joie de le regarder « être le personnage ». À lui le rôle d’incarner le rôle ! Avec sa façon, son monde, ses failles, ses richesses intimes, ses particularités, son corps, son style. L’on sait que le producteur David O. Selznick passa plus de trois années à trouver la comédienne qui incarnerait Scarlett O’Hara dans _Autant en emporte le vent_. Dans ses célèbres « mémos », il répétait que du juste choix résulterait la réussite du film (bien sûr, ce n’est que très partiellement vrai). Surtout, il avait à cœur de « ne pas décevoir les lecteurs » de ce best-seller. Pourtant, pourtant… La fidélité quasi pathologique de Selznick au texte n’a pas fait d’_Autant en emporte le vent_ un grand film, du moins pas au sens artistique du terme. Tout au plus est-ce une belle machinerie, mais sans réel point de vue de mise en scène (il y eut d’ailleurs trois réalisateurs). Car le metteur en images d’un texte doit confronter son propre imaginaire, son esthétique, son point de vue, à celui du romancier. Partant, il devra faire des choix. Car avant d’être fidèle au roman, il doit être fidèle… à lui-même.


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« Le Fils de l’Ursari », de Xavier-Laurent Petit, la misère échec et mat

par Norbert Czarny

« _À la famille rom croisée rue du Faubourg-Saint-Antoine au cours de l’hiver 2014._ » Telle est la dédicace du dernier roman de Xavier-Laurent Petit. Cette famille, nous l’avons tous croisée, nous la croisons chaque jour devant la boulangerie, sur les marches de la station de métro, et parfois nous la voyons, le soir, en train de fouiller dans les poubelles, ou cherchant la ferraille… Souvent, nous en entendons parler à la radio ; nous voyons son campement en bordure du périphérique ou près d’une autoroute – campement bientôt rasé, et aussitôt remplacé par un autre. _Le Fils de l’Ursari_ évoque les Tsiganes, qu’on appelle aussi Roms, Gitans, ou Bohémiens. Un flou qui traduit bien l’ignorance dans laquelle nous sommes… et restons. Mais s’il est une chose que nul ne peut ignorer, c’est que ce peuple a été victime des pires persécutions à travers les siècles, et que ce pire est toujours d’actualité dans certains pays d’Europe centrale. Le roman, dont le narrateur, Ciprian, alias Cip, est un enfant, permet de mieux comprendre qui sont ces éternels étrangers, à la fois si proches et si lointains. Et ce, sans y mêler au Comme tous les ouvrages de Xavier-Laurent Petit, comme _Be Safe_, _L’Attrape-Rêves_, _Itawapa_ et tant d’autres, celui-ci nous éclaire et nous apprend avec précision (et humour) comment vivent certains hommes.


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La scolarisation des enfants roms migrants – un univers pédagogique méconnu. Rencontre avec Claudine Steinberg

par Stéphane Paroux

Claudine Steinberg est professeur en UPE2A-NSA1 au collège Guy-Flavien, dans le XIIe arrondissement de Paris. Autrement dit, elle enseigne aux collégiens non-francophones qui n’ont pas été scolarisés antérieurement. Elle est également formatrice au Centre académique pour la scolarisation des nouveaux arrivants et enfants du voyage (Casnav) de Paris, et chargée de la scolarisation des Roms migrants et des enfants du voyage. Nous lui avons demandé quel parcours scolaire est proposé à ces enfants et adolescents, comment ils sont accueillis, et quelle est la pédagogie particulière mise en place à leur intention…


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Roms, Tsiganes, gitans, manouches et gens du voyage – une perspective historique

par Tramor Quemeneur

Roms, Tsiganes, gitans, manouches, romanichels, gens du voyage… Derrière tous ces vocables se cache une même réalité, à savoir des populations rejetées, que l’on peut regrouper sous le nom générique de « Tsiganes ». Les origines des Tsiganes sont incertaines. Leurs racines indiennes sont fréquemment avancées comme un fait historique acquis. En effet, le socle commun des Tsiganes est la « romani chib » (langue romani ou romanès). Or, les linguistes ont montré une parenté du romani avec le sanskrit. Des Tsiganes se seraient ainsi enfuis, pour des raisons inconnues, du Penjab entre le IVe et le Xe siècle, et auraient traversé la Perse avant de rejoindre l’Europe au XIVe siècle. Néanmoins, il apparaît que cette origine indienne n’est pas unique – des populations se sont agrégées, des mélanges se sont formés…


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« Wake Up America », de Lewis, Aydin & Powell, une trilogie essentielle dans l’histoire des luttes pour les droits de l’homme

par Marie-Hélène Giannoni

Les trois volumes de _Wake Up America_, largement primés aux États-Unis, couvrent vingt-cinq ans de la vie de John Lewis, ce fils de paysans de l’Alabama que rien ne destinait à devenir une figure emblématique de la lutte en faveur des droits civiques pour les Noirs. Leur lecture peut être proposée en troisième, dans la thématique « Agir dans la cité – individu et pouvoir », qui propose d’étudier les notions d’engagement et de résistance, mais aussi au lycée, en seconde, dans le cadre de l’enseignement d’exploration « Littérature et société », ou en première, en accompagnement de l’objet d’étude intitulé « La question de l’homme dans les genres de l’argumentation du XVI e siècle à nos jours ». Toujours en première, le récit graphique trouve également sa place dans de nombreux thèmes suggérés pour les TPE, tels « Éthique et responsabilité », « Les inégalités » ou « Individuel et collectif ». Il s’agit donc là d’un grand récit aisément susceptible de s’inscrire dans la liaison troisième-seconde et au-delà…


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« D’après une histoire vraie » – le pouvoir d’une formule

par Philippe Leclercq

« D’après une histoire vraie. » La formule n’est pas neuve. Elle est même bien connue des cinéphiles, qui la trouvent accrochée au sommet des affiches promotionnelles et au générique de certains films, tel un label. Elle n’est pas nouvelle, certes, mais le nombre des longs-métrages qui s’en prévalent a singulièrement augmenté. Voir les récents « Fleur de tonnerre », de Stéphanie Pillonca-Kervern, « Loving » de Jeff Nichols, ou encore « Les Oubliés », de Martin Zandvliet, et « Les Figures de l’ombre », de Theodore Melfi. L’expression connaît quelques variantes, telles que « _inspiré de faits réels_ », formule très prisée dans les films fantastiques et les œuvres à caractère historique, ou « d’après une incroyable histoire vraie » pour le récent _Lion_, de Garth Davis, qui ne recule pas devant le ridicule de l’hyperbole pour trouver son public.


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2017 – commémorer encore la Grande Guerre ? Du Chemin des Dames au débarquement américain

par Alexandre Lafon

La question de l’utilité des commémorations se pose encore souvent, et notamment autour du cycle du Centenaire pris en charge par la Mission du même nom depuis 2012. Pierre Nora au début des années 1980 et, avec lui, les travaux de la Commission de réflexion sur la modernisation des commémorations publiques, présidée par André Kaspi, ont souligné l’inflation mémorielle que connaissait notre pays et la multiplication des jours consacrés à des cérémonies de souvenir. Pourquoi, alors, commémorer un événement centenaire aussi dramatique que la Grande Guerre, qui a laissé en Europe et dans le monde des traces, un héritage familial et national aussi douloureux ? Ne serait-il pas temps de substituer au souvenir un certain oubli et de se tourner vers l’avenir ? Avec la disparition des derniers témoins, le passage de la mémoire à l’Histoire ne suffirait-il pas à écarter des manifestations du souvenir qui n’auraient plus de sens et participeraient de cette multiplication des commémorations dont notre calendrier semble saturé ? L’école doit-elle, et peut-elle, rester en première ligne sur ce dossier ? Et pour produire quel discours ? À ces questions légitimes sur la forme (une sorte de trop-plein mémoriel) et sur le fond (peut-on apprendre de la Grande Guerre aujourd’hui ?), il est nécessaire d’apporter quelques éléments de réflexion alors que se poursuivent les commémorations de la Grande Guerre en 2017.


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« Histoire mondiale de la France », de Patrick Boucheron, un « anti Malet et Isaac » ?

par Yves Stalloni

L’idée est simple, lumineuse et, comme souvent, tellement évidente qu’elle n’a jamais été exploitée. Quelle idée ? Parcourir dans sa totalité l’histoire de notre passé à partir de deux angles originaux – en plaçant la France dans une perspective mondiale, comme le rêvait Michelet, cité en épigraphe (« _Ce ne serait pas trop de l’histoire du monde pour expliquer la France _»), et, surtout, sélectionner environ cent cinquante dates à partir desquelles pourrait être raconté ce que l’on nomme parfois notre « roman national ». Dirigé magistralement par Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, coordonné par une équipe d’universitaires et rédigé par cent vingt-deux auteurs, le livre s’offre à nous dans un large format et une pagination généreuse (près de huit cents pages). Il se parcourt avec gourmandise, étonnement, ravissement…


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Philo-théâtre à l’école primaire. Pourquoi philosopher dès l’école ?

par Alexandra Ibanès

« _Les attentats terribles en France en 2015 ont rappelé la nécessité de former nos enfants à l’esprit critique. Cette éducation à la citoyenneté, à la fraternité, à l’ouverture d’esprit ne peut se faire sans la famille et l’école_ », écrit Edwige Chirouter dans sa préface aux « Ateliers Philo à la maison », de Michel Tozzi et Marie Gilbert (Eyrolles, 2016). Le même Michel Tozzi a relayé en France, avec un groupe de recherches de l’université de Montpellier, un phénomène apparu aux États-Unis dans les années 1980 sous l’impulsion du pédagogue et philosophe Matthew Lipman – la philosophie pour les enfants. Depuis, des maîtres se sont formés pour animer des Débats à visée philosophique (DVP) auprès des enfants dès la maternelle, afin de leur apprendre à ne pas se fier aux apparences, à définir de meilleures conditions de communication, à construire des concepts en rapport avec les principes démocratiques. Pratiqués depuis plusieurs années dans les écoles primaires, les DVP sont en phase avec les attendus de fin de cycle 3. Ils permettent aux élèves d’identifier et d’exprimer, en les régulant, leurs émotions et leurs sentiments, de développer l’estime de soi, de même que les capacités d’écoute et d’empathie. Enfin, ces débats favorisent la réflexion critique par la confrontation du jugement personnel à celui d’autrui dans une discussion ou un débat argumenté.


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MOOCS et éducation en ligne – les retards de la e-education

par Pascal Caglar

Les MOOCS demeurent un mystère. Annoncés comme une révolution dans l’accès au savoir et à la formation, objets de représentations fantasmatiques, instruments aux pouvoirs quasi magiques, ces Massive Open Online Courses, ou cours en ligne ouverts et massifs, tardent cependant à trouver leur place dans notre paysage pédagogique. Cette absence est d’autant plus alarmante que, dans le même temps, moins ambitieux mais plus efficaces, les tutoriels inondent Internet de vidéos plus ou moins fiables sur tout ce qui s’apprend, s’enseigne, s’évalue, à commencer par les disciplines scolaires…


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