La question de la lecture à l'école et au collège : des recommandations d'experts pour quoi faire ?

Jean-Baptiste Greuze, "Le Petit Paresseux", 1755, musée Fabre, Montpellier
Jean-Baptiste Greuze, « Le Petit Paresseux », 1755, musée Fabre, Montpellier

Les 16 et 17 mars dernier s’est tenue à l’ÉNS de Lyon la Conférence de consensus du Conseil national de l’évaluation du système scolaire, « Lire, comprendre, apprendre », présidée par Michel Lussault, directeur de l’Institut français de l’éducation. Celui-ci affirme qu’il ne s’agissait pas de « s’accorder sur une théorie générale de la lecture » mais bien de « caractériser les obstacles que rencontrent les élèves, pour identifier quelques pistes de solutions ».
Fort bien. Mais, hélas, le comité d’organisation n’a guère entendu les vœux de son président car le rapport final ne fait guère qu’élaborer une énième poétique de la lecture, une énième typologie des lecteurs, une analyse linguistique de plus des éléments à maîtriser (à commencer par les mots), et ses recommandations se bornent à enfoncer des portes ouvertes : faire lire régulièrement les élèves à voix haute, développer la compréhension orale, consacrer un temps à l’étude de la langue, faire de la classe un lieu d’écoute et de parole, et bien d’autres évidences encore qu’il ne suffit pas de répéter pour les convertir en actes.

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Mais où sont les expérimentations
et les réelles propositions pédagogiques ?

Dans ce rapport, pas un seul conseil qui ne soit déjà inscrit dans toutes les consciences et toutes les pratiques pédagogiques des enseignants : clarifier l’objectif de la lecture, travailler sur les titres, prendre en compte l’hétérogénéité des élèves.
Ce dont on a besoin ce n’est pas de la parole d’experts nous expliquant doctement que lecture et compréhension sont liées ou nous rappelant gravement que la compétence en lecture varie selon les milieux socioprofessionnels, ce que l’on a envie d’entendre c’est la parole d’hommes et de femmes de décision, parlant d’actions et d’initiatives, de mises en en œuvre pratique, d’expérimentations académiques ou associatives.
Comment faire lire concrètement dans une ambiance de classe dissipée, comment faire lire avec des élèves introvertis, comment faire lire avec des élèves qui n’ouvrent jamais un livre à la maison ?
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Parce que les problèmes sont concrets,
les solutions ne peuvent être théoriques

Faut-il introduire plusieurs enseignants dans une même classe ?
Faut-il au collège solliciter les professeurs documentalistes pour aider à la lecture ?
Faut-il, comme dans certaines écoles primaires, inviter les parents volontaires à donner de leur temps pour diriger des ateliers lecture ?
Faut-il dégager des heures supplémentaires ?
Faut-il étendre les missions des surveillants ?
Faut-il restaurer des séances spécifiques de grammaire, repenser des livres de lecture ? Etc.

Le problème actuel de la lecture rappelle celui sans cesse ressassé des langues vivantes : de combien de temps un élève dispose-t-il pour parler une langue étrangère en classe ? Le nombre d’heures hebdomadaires, chacun en conviendra, est un bien faible indicateur, les situations sont tellement variables à l’intérieur d’une séance d’une heure que seul le nombre de minutes profitables devient significatif.
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La question de la lecture mérite plus
que des rappels méthodologiques

La question de la lecture mérite plus qu’une conférence et des rappels méthodologiques. Des recommandations en termes de stratégies et d’analyses d’apprentissage ne pourront jamais faire de mal, mais pour changer le niveau de lecture des élèves il faudra bien aborder des questions de fond, des questions de temps, d’environnement, de formation des enseignants.
Et pour cela il faudra plus qu’un aréopage d’experts.

Pascal Caglar

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• Dossier vidéo et synthèse du rapport : Lire, comprendre, apprendre. Comment soutenir le développement de compétences en lecture ? Conférence de consensus Cnesco-Ifé / ÉNS de Lyon des16 et 17 mars 2016.

• « L’École des lettres » publiera en juin et juillet deux numéros sur la place et les enjeux de la lecture dans les programmes applicables à la rentrée 2016, de l’école au lycée. Pour y participer, faire part de vos suggestions, rendre compte d’expériences, contactez la rédaction : courrier@ecoledeslettres.fr.
 

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Pascal Caglar

Un commentaire

  1. bonjour,
    pour répondre à vos remarques:
    -il me semble bien que la formation des enseignants est évoquée plusieurs fois dans les recommandations, ainsi qu’à inclure l’apprentissage de la lecture dans la formation initiale.
    -la conférence ne pouvait traiter des élèves « dissipés » ou d’expérimentations locales, associatives ou académiques, qui fonctionnent peut-être mais qui n’ont pas été soumises à la validité des chercheurs.
    2 membres du jury de consensus

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