Rencontre avec des « Voix vives » du Festival de Sète

Festival de poésie Voix vives, de Méditerranée en MéditerranéePlus de cent voix se sont croisées fin juillet à Sète, devenue une véritable Babel bruissant des accents multiples de la Méditerranée et au-delà, traduites par des lecteurs et souvent accompagnées de musiciens (dont le splendide accordéon de Carlos Lopes) ou de chanteurs, sans oublier les conteurs dont le magnifique Rachid Akbal donnant vie lui aussi, aux « mythes fondateurs » en y associant son auditoire…
Impossible donc d’en faire état de manière exhaustive mais tous ont nourri l’imaginaire et les lieux investis dans Sète.

Les « grandes voix », telles celle du Chilien Luis Mizón, contraint à l’exil par le coup d’État de Pinochet et révélé par Roger Caillois, grand intellectuel, critique littéraire et écrivain lui-même, qui traduisit les recueils Terre prochaine (1977) et L’Arbre (1978). Luis Mizón  à propos de qui son second traducteur, Claude Couffon, écrivait : « Mizón aime par tempérament le côté caché, l’aspect voilé, replié des choses […]. La poésie est pour lui le moyen […] de pressentir la transcendance sous la banalité, de débusquer l’imaginaire derrière l’écorce rationnelle du réel ».
Celle du poète syrien Nouri Al Jarrah accompagné et traduit par le poète tunisien Aymen Hacen, ou encore le poète luxembourgeois Lambert Schleter, ont trouvé un écho dans celles de très jeunes femmes :
Aurelia Lassaque, plurilingue, et qui écrit en occitan en convoquant les figures de la quête homérique pour mieux chanter la force du désir et modeler les contours de la Femme à la fois ancestrale et contemporaine dans l’affirmation de sa liberté.

Fadwa Souleimane lors d'une intervention dans un lycée de Boulogne-sur-Mer en mars 2016 © Les Découvreurs
Fadwa Souleimane lors d’une intervention dans un lycée de Boulogne-sur-Mer en mars 2016 © Les Découvreurs

Fadwa Suleimane, jeune Syrienne blessée par la violence de la guerre et de la dictature qui l’avait chassée de son pays en la condamnant à mort pour avoir organisé des manifestations pacifiste contre le régime. Une voix prophétique et très actuelle qui vient malheureusement de disparaître, et qui tentais de réveiller les consciences, à commencer par celles de notre vieille Europe donneuse de leçons et pourtant en grande partie responsable de la situation politique du monde.
« J’ai peur », répètait Fadwa Suleimane, et sa poésie reste le dernier rempart contre la barbarie.
Notons que les lycéens français avaient décerné le Prix des Découvreurs 2016 à cette jeune poétesse, ouvrant ainsi une fenêtre sur l’espoir en l’avenir.
Enfin, les voix provenant du « monde du silence » se sont matérialisées dans l’espace de deux lieux du Quartier Haut dédiés à la langue des signes. Devant le Théâtre de poche en particulier, des poèmes inédits lus par Luis Mizon ont été « traduits » en langue des signes par une interprète, membre de la structure « Arts Résonances » : ces signes gestuels et corporels s’inscrivant dans l’espace, ont révélé d’autres lectures possibles…
Poète, interprètes, public mêlés, tous, ont partagé émotions et sympathie, renouvelés au cours du festival.
Loin des écrans numériques et des fureurs du monde, la poésie a soufflé sur Sète ses vents du large, ouverts sur la beauté des choses et la fraternité des hommes dont nous avons tous goûté les fruits dans l’écoute des Voix vives et aussi dans les rencontres amicales au détour d’une rue, sur le coin d’une table partagée.

 Simone Lopez

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Le Prix des découvreurs
 
Ce dispositif initié par George Guillain, poète et ex-professeur de Lettres à Boulogne-sur-Mer, a pour objectif de contribuer à faire connaître aux lycéens la poésie contemporaine par le biais d’un « Goncourt des lycéens » de la poésie.
Georges Guillain et Simone Lopez, ex- IA-IPR de Lettres, par le biais d’une Commission  lecture écriture inventive (CLÉ) dans l’Académie de Lille, ont travaillé au développement de ce dispositif et à sa reconnaissance par l’Éducation nationale.
Fadwa Suleimane avait donc été élue par des milliers de lycéens pour recevoir, en 2016, ce Prix qui met en lumière l’intérêt pour la poésie des jeunes qu’on pourrait sans doute davantage associer au festival des Voix Vives.
• Le très riche site des Découvreurs qui se définit ainsi : “Chacun à notre place nous sommes les acteurs de la vie littéraire de notre époque. En faisant lire, découvrir, des œuvres ignorées des circuits médiatiques, ne représentant qu’une part ridicule des échanges économiques, nous manifestons notre volonté de ne pas nous voir dicter nos goûts, nos pensées, nos vies, par les puissances matérielles qui tendent à régir le plus grand nombre. Et nous contribuons à maintenir vivante une littérature qui autrement manquera à tous demain.”
Le site du Festival Voix vives, de Méditerranée en Méditerranée.

Simone Lopez
Simone Lopez

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