Salomon Malka, « Dictionnaire intime de la Bible »

Les trois mots qui constituent le titre du dernier livre de Salomon Malka, semblent indissociables. La Bible, en tant que Livre par excellence chargé de tous les savoirs et de tous les mystères, appelle le dictionnaire, comme en témoignent les innombrables exégèses dont elle fait l’objet, et qui tentent de pénétrer le sens caché de la Parole. Quant à l’adjectif «intime», il convient parfaitement aussi pour qualifier une fréquentation personnelle, presque secrète, assidue et directe, conforme à celles que mènent certains lecteurs fidèles, croyants le plus souvent, passionnés par le message mystique d’autres fois.

 

Ainsi qu’il l’explique dans son introduction, Malka souhaite nous dire «comment la Bible a imprégné [s]on univers intellectuel et affectif». Nous exprimer aussi sa proximité avec certains personnages (Job, Jonas, Maïmonide, Noé, Moïse, Paul…), avec certains lieux, certains événements, certains comportements en rapport avec les Écritures.

Ce qui autoriserait aussi l’emploi d’autres épithètes pour définir ce «dictionnaire» : «vagabond» par exemple, car les soixante et une entrées, classées alphabétiquement, comme il se doit, suggèrent un parcours sinueux et inattendu, faisant voisiner Abraham et Amitié, Esther et Études, Ivresse et Jérusalem, Jonas et Kabbale, etc.

«Subjectif» serait une autre façon de dire. Puisque Malka, en parlant de la Bible, parle de lui-même, de ses racines juives, de son enfance au Maroc, de son rapport à la France, de sa découverte de Lévinas, de son attachement à Rachi, de son admiration pour Erri de Luca, de ses propres publications (comme son Monsieur Chouchani ou son essai sur Vassili Grossman), de son travail de journaliste, d’homme de radio.

On ne résume pas un tel livre : on le savoure. Pour donner un seul exemple de l’élégance de sa facture et de la profondeur de sa réflexion, cette phrase qui conclut l’article Amour : «L’amour a cette faculté non seulement de faire boire les chameaux, mais de rendre vivants ceux qui son morts.» Nous ignorons si Salomon Malka connaît l’art de faire boire les chameaux, mais ce qui est sûr, c’est qu’il sait donner vie à un texte sublime et à des figures rayonnantes.

Yves Stalloni 

• Salomon Malka, « Dictionnaire intime de la Bible », Armand Colin, 2011, 240 p.
• L’Ancien Testament dans la collection « Classiques abrégés ».
• Une introduction à la lecture de la Bible au collège dans les Archives de  l’École des lettres.

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