Nouvelle formation initiale des professeurs : comment s’y retrouver ?

Publié le 17 février au Journal officiel, un arrêté du 4 février 2022 fixe les nouvelles modalités de formation initiale des personnels enseignants et éducatifs « stagiaires » de l’enseignement public. La réforme de la formation n’a pas fini de susciter un questionnement aigu. Éclairages.

Par Antony Soron, maître de conférences HDR, formateur agrégé de lettres, Inspé Sorbonne université.

Publié le 17 février au Journal officiel, un arrêté du 4 février 2022 fixe les nouvelles modalités de formation initiale des personnels enseignants et éducatifs « stagiaires » de l’enseignement public. La réforme de la formation n’a pas fini de susciter un questionnement aigu. Éclairages.

Par Antony Soron, maître de conférences HDR, formateur agrégé de lettres, Inspé Sorbonne université.

Parmi les catégories de professeurs et conseillers principaux d’éducation stagiaires, deux restent prééminentes et sont étroitement liées au parcours du lauréat. On distinguera d’une part les fonctionnaires stagiaires titulaires d’un master autre que Meef (métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation) et les fonctionnaires stagiaires titulaires de ce même master.

Les premiers bénéficieront d’une formation à mi-temps en lnspé (Institut national supérieur du professorat et de l’éducation). L’autre moitié de leur temps étant dévolue à la prise en responsabilité d’une classe de collège ou de lycée. Ce qui correspond, à titre d’exemple, à la prise en charge de deux classes pour un professeur de lettres.

Les seconds seront affectés à temps plein (18h pour un certifié) en collège (majoritairement) ou en lycée. Ils bénéficieront, quant à eux, en termes d’accompagnement de formation, d’un « crédit » dit « de formation » de dix à vingt jours.

Quel parcours adopter au sortir de sa licence 3 ?

On peut opposer un parcours « concentré » et un parcours « étalé ».

Le parcours « concentré » correspond au concours passé en master 2. Prenons le cas d’un(e) étudiant(e) de L3 qui se destine au métier de professeur de lettres. Deux choix sont possibles, au moins problématiques, sinon cornéliens.
– Première option : cet(te) étudiant(e) s’inscrit en master Meef (lettres) et privilégie le parcours « concentré ». En deux années simplement (M1 + M2), il ou elle pourra obtenir le Capes et valider son master.
– Seconde option : il ou elle s’inscrit dans un master « recherche » de son université pour valider un M2 en deux ans. Il ou elle sera donc en mesure d’obtenir le Capes à la fin d’année M2 + 1. Il ou elle a ainsi privilégié un parcours « étalé ».

Avantages et inconvénients de chacun des parcours ?

Parcours « concentré ». Jusqu’alors, la principale catégorie des professeurs stagiaires était celle des alternants en master. Ces derniers obtenaient le concours au terme de leur année de M1 et bénéficiaient d’une charge de classe à mi-temps en M2. Bien qu’en formation à temps partiel, ils disposaient d’un salaire équivalent à un plein-temps. Le déplacement du concours en M2 a évidemment changé la donne. Excepté quand ils ont signé des contrats spécifiques, les M2 Meef ne sont pas « salariés » et ne touchent leur première paye (correspondant à un temps complet) qu’à la fin du mois de septembre de l’année M2 +1.

Autre élément à prendre en compte dans la réflexion : la concentration des enjeux du M2. En effet, il s’agit d’une année à forte intensité préparatoire puisque les étudiants vont, dans un même temps, devoir :
– effectuer des stages d’observation (impliquant des temps de prise en charge des classes de leur tuteur établissement) ;
– concevoir un mémoire professionnel dont le questionnement a été amorcé en M1 ;
– préparer le concours (épreuves écrites d’admissibilité + épreuves orales d’admission).

On voit, par ailleurs, se dessiner un potentiel écueil non négligeable inhérent à ce parcours Meef « concentré ». Quid de l’expérience de terrain ? Si les étudiants bénéficient de stages d’observation, combien de temps réel sera consacré à la prise en charge d’une classe en continu ? La question paraît essentielle quand on sait qu’en année M2 +1, et ce dès la rentrée de septembre, les étudiants auront en responsabilité totale, sur 18 heures hebdomadaires, un minimum de quatre classes réparties au mieux sur deux niveaux (exemple 6e/4e).

Parcours « étalé ». L’étudiant(e) qui aura été retenu(e) en master « recherche » ne pourra passer le Capes comme indiqué plus haut qu’en année M2 +1. Côté salaire, il ou elle ne sera ainsi rétribué(e) qu’à partir de la fin du mois de septembre de l’année M2 +2. Ce qui implique, par rapport au parcours « concentré », une année de décalage, autrement dit une de plus à attendre son premier salaire. Toutefois, l’année scolaire qui suit l’obtention du concours a ceci de différent que le ou la certifié(e) effectue cette fois sa première année non pas à temps plein (18h), mais à mi-temps (9h), introduisant plus de souplesse quant à la préparation des cours, tout en bénéficiant, au sein d’un Inspé, d’une formation en alternance.

Il est à préciser par ailleurs que, selon un cadrage national, un diplôme interuniversitaire (DIU) sera délivré à ces fonctionnaires stagiaires à mi-temps au terme de leur année M2 +2.

La réforme de la formation n’a pas fini de susciter un questionnement aigu tant du côté des futurs enseignants que des formateurs. Aussi importe-t-il, plus que jamais, d’associer expertise et prospective en cherchant le plus rigoureusement possible à mesurer l’impact du parcours retenu par l’étudiant(e) à la fois sur la qualité de l’enseignement dispensé par les jeunes collègues et sur leur épanouissement professionnel dans les années de T1, T2, T3 (T = titulaire), souvent caractérisées comme « années de tous les dangers ».

A. S.

Ressources

Arrêté du 04 février 2022 : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000045181098

L’École des lettres est une revue indépendante éditée par l’école des loisirs. Certains articles sont en accès libre, d’autres comme les séquences pédagogiques sont accessibles aux abonnés.

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