« Calpurnia », de Jacqueline Kelly : les sciences du vivant, un sujet de roman ?

« Calpurnia », de Jacqueline Kelly
Ce roman est disponible en version numérique (2, 99 €)

La jeune Calpurnia n’est pas faite pour la couture et la cuisine, au contraire des règles de bonnes manières de l’éducation traditionnelle qui lui est inculquée à la maison comme à l’école.
Pour cette jeune Texane de onze ans, seule l’exploration de la nature compte, et tout particulièrement le recensement des espèces. Tout ce qu’elle consigne dans son carnet d’exploratrice, c’est son petit secret à elle, celui qu’elle ne peut partager qu’avec « Grand-père ». Fondateur de la fabrique de coton familiale, ce dernier a en effet passé la main à son fils, pour se consacrer sur le tard à sa passion.

Désormais, il passe l’essentiel de ses journées soit dans son laboratoire, soit à ses rêveries de promeneur solitaire, tout à l’observation curieuse et minutieuse de la nature alentour :

« Il prit une brindille, sur laquelle rampait la plus grosse chenille, la plus pelucheuse que j’aie jamais vue » (p. 139).

L’histoire débute en 1899 au moment même où les sciences du vivant prennent un tour nouveau. Quarante ans auparavant, Charles Darwin a publié L’Origine des espèces, proposant une forme de révolution copernicienne de la biologie.

Caricature de Charles Darwin et d’Émile Littré par André Gill, « La Lune rousse », 18 août 1878.

Cet ouvrage, Calpurnia le désire plus que tout autre. Elle pressent en effet, après avoir surpris une conversation impliquant son grand-père, que l’explication darwinienne de la sélection naturelle converge avec ses propres intuitions quant aux singulières « sauterelles jaunes » (p. 23) qu’elle a découvertes dans son propre jardin.
Sauf que, idéologie hérétique par excellence, le darwinisme ne passe par chez les Évangélistes qui l’entourent, bibliquement et définitivement attachées au fixisme : théorie selon laquelle les espèces vivantes sont immuables parce que dotées, dès l’origine, de tous les mécanismes nécessaires à leur mode de vie.
Heureusement que l’armoire de « Grand-père » s’apparente à une véritable corne d’abondance ou une boîte de Pandore, selon l’ouverture d’esprit de celui qui l’ouvrirait, et qu’entre L’Enfer de Dante et un Traité de dessin des femmes nues, il tire le fameux livre à l’Index pour l’offrir à son disciple :

« Je le regardai. De l’origine des espèces. Ici, dans ma propre maison. Je tendis les deux mains pour le recevoir. Il sourit. C’est ainsi que commença ma relation avec mon grand-père » (p. 35).

Une naturaliste en herbe est née en même temps qu’une relation unique entre deux êtres de la même « espèce ».

Première édition de « L’Origine des espèces », de Charles Darwin, 1859.

Mais comment, à l’aube du siècle de la science, être reconnue pour ses passions dont au premier chef la taxinomie (p. 157) quand le projet de votre propre mère consiste à faire de vous simplement une bonne épouse ? Ce sera tout le combat de Calpurnia et l’enjeu de la complicité avec son grand-père : faire semblant d’être exclusivement une jeune fille de bonne famille, pour avoir le droit de sortir des sentiers battus, une fois terminées les heures dédiées à la comédie sociale.
En ce sens, le roman de Jacqueline Kelly, Prix Sorcières 2014 dans la catégorie « Roman ado », tient lieu à la fois d’une réjouissante défense et illustration des richesses infinies des espèces naturelles et d’un vibrant plaidoyer pour l’émancipation des jeunes filles, notamment celles que les sciences attirent :

« Ta maman a des projets pour toi, tu sais ? La semaine dernière, justement, elle a dit qu’elle voulait que tu fasses tes débuts dans le monde. Et voilà comment tu te conduis ! Ah ça, non » (p. 238).

Antony Soron, INSPÉ Sorbonne Université

« Calpurnia », de Jacqueline Kelly, « Médium » et « Médium poche » , l’école des loisirs, 2013.
Ce roman est disponible en VERSION NUMÉRIQUE au format e-Pub (2,99 €).
Voir tous les romans de l’école des loisirs en version numérique.
« Calpurnia » a été adapté en bande dessinée par Daphné Collignon aux éditions Rue de Sèvres.
Calpurnia, de Jacqueline Kelly et Daphné Collignon

Ressources

Définition du « fixisme ».
Charles Darwin, de l’origine d’une théorie, dans le Journal du CNRS.
• Sur France Culture :160 ans après « L’Origine des espèces », les théories de Darwin sont-elles toujours valables ?
TÉLÉCHARGER L’ÉTUDE de  « Calpurnia », de Jacqueline Kelly, Prix Sorcières « Romans ado » : un roman de formation sur les traces de Darwin, par Stéphane Labbe.
« Calpurnia et Travis », de Jacqueline Kelly, par Stéphane Labbe.
Promouvoir les sciences du vivant en pleine crise épidémiologique, par Antony Soron.

Réseau de lectures complémentaires


 
« Calpurnia et Travis », de Jacqueline Kelly, « Médium » et « Médium poche », l’école des loisirs, 2013.
Également disponible en version numérique (2, 99 €)
 
 
 
 
 

 
« La Vraie Couleur de la vanille », de Sophie Chérer, « Médium »,  2012.
Également disponible en version numérique (5, 99 €).
Séquence pédagogique sur demande à courrier@ecoledeslettres.fr
 
 

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