Capes 2022 : des résultats inadmissibles

Comme nombre d'enseignants, Pascal Caglar, professeur de lettres à Paris, a été scandalisé par les résultats d'admissibilité au Capes externe 2022. En pleine crise des vocations, alors que les recrutements sont en berne, il livre ce billet d'humeur.

Pascal Caglar, professeur de lettres

Comme nombre d’enseignants, Pascal Caglar, professeur de lettres à Paris, a été scandalisé par les résultats d’admissibilité au Capes externe 2022. En pleine crise des vocations, alors que les recrutements sont en berne, il livre ce billet d’humeur.

Pascal Caglar, professeur de lettres

Il est inadmissible de supporter sans honte et sans réactions les résultats d’admissibilité des capes externes 2022 connus depuis quelques jours. Inadmissible de découvrir ces chiffres dramatiques et jamais atteints : 1035 postes en maths et… 816 admissibles, 215 postes en allemand et… 83 admissibles, 750 postes en lettres modernes et… 720 admissibles, ou encore 134 postes en lettres classiques et… 60 admissibles.

Partout ou presque, les postes sont plus nombreux que les candidats déclarés admissibles. Et pourtant, l’émotion est nulle alors que c’est la faillite du système de recrutement des enseignants, la faillite de la formation de professeurs compétents, la faillite de l’attractivité du « plus beau métier du monde », la faillite d’une politique de l’Éducation nationale conduite par un homme à la longévité pourtant historique à la tête de son ministère.

Inadmissible oui, les maîtres que l’on va donner à nos enfants, inadmissible l’inégalité qui ne fera que croître, inadmissibles les solutions de sous recrutement qui fleuriront dans les académies déficitaires. Chacun sait quels établissements souffriront en premier de cette situation, chacun sait quels élèves seront lésés en priorité. Il suffit de regarder où se trouvent concentrés les agrégés, où sont nommés les meilleurs certifiés. Une académie déficitaire l’est toujours doublement : en nombre de profs, en qualification de ses profs.

Dans les années 1990, il y avait en lettres modernes six fois plus de candidats que de postes à pourvoir (par exemple, en 1999, 6830 candidats pour 1150 postes), il y avait deux à trois fois plus d’épreuves écrites (l’ancien français était une matière à part entière, même chose pour la grammaire et la stylistique), l’oral était encore strictement disciplinaire, et, alors que l’accès aux postes était facilité les jeunes se sont détournés d’un métier qui se déshonore un peu plus à chaque réforme (voir la dissertation de lettres par exemple)

En l’espace d’une génération, la profession a été rabaissée, disqualifiée, discréditée, et les nobles missions du professeur ne vibrent que dans les discours officiels, le savoir ne s’étale que sur les pages internet du ministère, et toute cette mise en scène est insupportable pour toutes celles et
ceux qui font ou ont fait leur carrière dans l’estime de leur discipline et l’amour de la transmission.

Inadmissibles, ces résultats des Capes 2022 sont pourtant salutaires. Ils ont le mérite de révéler la vérité d’une profession malmenée par les serviteurs de l’Éducation. Ils ont le mérite d’anéantir les mensonges rassurants de ceux qui n’ont que faire d’un enseignement de qualité pour tous. Ils ont le mérite des faits. Le mérite de faire tomber les masques. À côté de l’éternel débat sur le nombre de profs la vraie question est bien celle de la compétence des profs, de leur capacité à véritablement instruire les élèves qui leur sont confiés.

Tout comme qui veut tuer son chien l’accuse de la rage, qui veut la peau du Capes l’accusera d’inadaptation à l’enseignement, de vieillerie d’un autre temps, et qui sait si bientôt, accélérant les changements en cours,  le recrutement ne reposera pas uniquement sur un entretien de motivation, hors concours national,  à la discrétion des chefs d’établissement et sur la base d’un socle minimal de connaissances que nul n’ira contrôler de trop près.

En matière d’inadmissible, on arrête les frais ?

P. C.

 

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Job dating à Versailles, avenir royal du recrutement ?, Pascal Caglar, L’École des lettres, 3 juin 2022.

Le nouveau capes à l’épreuve du feu, Laetitia Malpot, L’École des lettres, n°4, mai-août 2022.

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