Comme tu me veux, de Luigi Pirandello : le choix de Lucia

Comme tu me veux achève un cycle de Luigi Pirandello sur l’identité et la vérité. Mis en scène par Stéphane Braunschweig à l’Odéon-Théâtre de l’Europe dans un décor nu, la pièce séduit par la tension qui croît autour de Lucia et de la décision qu’elle doit prendre : qui a-t-elle envie d’être ?

Par Pascal Caglar, professeur de lettres

Comme tu me veux achève un cycle de Luigi Pirandello sur l’identité et la vérité. Mise en scène par Stéphane Braunschweig à l’Odéon-Théâtre de l’Europe dans un décor nu, la pièce séduit par la tension qui croît autour de Lucia et de la décision qu’elle doit prendre : qui a-t-elle envie d’être ?

Par Pascal Caglar, professeur de lettres

Comme tu me veux, de Luigi Pirandello, remet immédiatement en mémoire ces phrases de dissertation littéraire : la grande œuvre pose toujours des questions, la littérature populaire apporte toujours des réponses. La mise en scène qu’en donne Stéphane Braunschweig au théâtre de l’Odéon sert parfaitement ce texte ambitieux, construisant et déconstruisant vertigineusement l’identité de sa mystérieuse héroïne.

Comme tu me veux interroge en effet – sans répondre – la vérité de chacun de nous, à travers l’histoire d’une « inconnue » italienne disparue après la Première Guerre mondiale et retrouvée dix ans plus tard à Berlin. Elle est peut-être une certaine Lucia, mais peut-être pas, poursuivie par certains désirant son corps, d’autres désirant ses biens. Au bout du compte, elle reste une inconnue à l’être profond méprisé et ignoré, qui préfère s’effacer devant une folle manipulée par son médecin plutôt que de poursuivre le combat pour une reconnaissance qui n’en vaut pas la peine.

Comme pour mieux épurer ce drame humain, la scénographie renonce à une surcharge de décor et privilégie un plateau avec, en son centre, un puits de lumière, possible symbole d’un manque ou d’une béance de l’être. Elle valorise ainsi le jeu des acteurs, la voix, le geste et la parole, exercice dans lequel excellent Chloé Réjon (Lucia), Claude Duparfait (Salter) et Annie Mercier (Léna). Elle projette quelques images terribles de la Grande Guerre ou encore de Mussolini, écho d’un monde également en perte d’identité.

Cette pièce, qui laisse peu de place au répit ou à l’humour, séduit néanmoins par la tension croissante qui se noue autour de Lucia et par son choix final, entre deux hommes, deux identités et deux histoires. Si Pirandello incarna en son temps une modernité propre au XXe siècle, cent ans après, son théâtre a atteint la pérennité des œuvres classiques.

Le site de l’Odéon-Théâtre de l’Europe met désormais à disposition des enseignants des dossiers pédagogiques sur chaque pièce présentée. La documentation rassemblée autour de Comme tu me veux est riche en informations historiques, biographiques et critiques, et les vidéos et interviews disponibles permettent véritablement d’entrer dans le travail de la mise en scène ou de la scénographie, sujets qui restent souvent nébuleux pour les élèves.

Dans Comme tu me veux, Luigi Pirandello achève en 1929 un cycle sur l’identité et la vérité, commencé en 1917 avec Six personnages en quête d’auteur, poursuivi en 1921 dans À chacun sa vérité, délivrant dans chaque pièce un message de scepticisme et de relativisme. Qui décide de celui que je suis ? Moi-même ou les autres ? Ma nature ou la société ? Quelles menaces sur mon identité personnelle ?

Ces questions qui traversent les programmes d’éducation morale et civique du collège au lycée rendent pour cela la pièce recommandable à tous les enseignants. Au-delà du contexte scolaire, la pièce Comme tu me veux de Pirandello est plus qu’un objet de divertissement d’un soir mais un objet de réflexion sans borne.

P. G.

Exploitation pédagogique

Comme tu me veux n’est pas une pièce inscrite aux programmes des lycées et collèges mais croise cependant une pièce très souvent étudiée en classe : Le Voyageur sans bagage (1937), de Jean Anouilh.

Pour Gaston comme pour Lucia, retrouver son identité implique de retrouver son passé. Comparez les raisons pour lesquelles l’un et l’autre choisissent de refuser de renouer avec leur famille.

Comme tu me veux, pièce de Luigi Pirandello, mise en scène par Stéphane Braunschweig, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe. Tournée en France, en Suisse et en Italie à partir du printemps 2022.

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Pascal Caglar