Les Gros patinent bien, cabaret de carton : hilarant

Revenir aux sources du comique en partant de cartons comme dans le cinéma muet : c’est la ressource majeure de Pierre Guillois et Olivier Martin-Salvan dans la pièce qu’ils jouent au Théâtre du Rond-Point. Croisant mimes, langue inventée et intrigue rocambolesque, ils se livrent à un numéro de duettistes désopilant et trépidant.

Par Pascal Caglar, professeur de lettres

Revenir aux sources du comique en partant de cartons comme dans le cinéma muet : c’est la ressource majeure de Pierre Guillois et Olivier Martin-Salvan dans la pièce qu’ils jouent au Théâtre du Rond-Point. Croisant mimes, langue inventée et intrigue rocambolesque, ils se livrent à un numéro de duettistes désopilant et trépidant.

Par Pascal Caglar, professeur de lettres

Le comédien Pierre Guillois a l’art de ressusciter le burlesque. Sa dernière création, Les Gros patinent bien, cabaret de carton, retrouve non seulement avec bonheur le comique visuel de Bigre, pièce sacrée Molière 2017 dans la catégorie « Meilleure comédie », mais y ajoute un ingrédient supplémentaire : l’art du carton. Sans parole, Bigre était déjà un hommage au cinéma muet et à ses gags de situation. Les Gros patinent bien poursuit l’hommage en détournant une autre caractéristique du cinéma muet :  les intertitres, ces cartons censés faciliter la compréhension de l’histoire.

Pierre Guillois joue ici avec des cartons bien réels, des cartons de toutes tailles, de toutes formes, des dizaines de cartons portant toujours une mention de lieu, d’objet ou d’animal. Confrontée à l’action sur scène, par ses décalages ou sa pertinence, l’indication fait rire chaque fois que le metteur en scène et comédien, les brandit, grand, maigre et en maillot de bain derrière l’imposant Olivier Martin-Salvan, assis et suant dans un costume trois pièces.

Derrière ce jeu tout en contraste et en fantaisie, il y a une histoire, une parodie d’aventure : le périple faussement initiatique en Islande d’un homme qui pèche une sirène, en tombe amoureux, devient criminel, s’enfuit, la recherche en d’Ecosse, en Espagne, en passant par la Bretagne et des déserts. Il fait du patin – car « les gros patinent bien » –, du vélo, de la trottinette, de l’âne, de la marche à pied…  Tout cela sans quitter son siège durant une heure vingt, racontant ses mésaventures au public dans un pseudo-anglais inventé digne des créations de Charlie Chaplin dans Les Temps modernes ou Le Dictateur. Olivier Martin-Salvan gémit, prie, chante, s’emporte, et ses intonations musicales, croisant son galimatias anglophone, achève de le rendre parfaitement ridicule.

Un comique irrésistible

Il ne se passe rien (personnage immobile), on ne comprend rien (langue inventée), et pourtant l’action est trépidante et le langage se niche partout, dans le ton, les mimes, les pancartes, les petits et les gros caractères qui traversent la scène en volant parfois jusqu’aux pieds des spectateurs. L’art de la conjonction de l’image et du texte est ici à son comble : la scène montre quelque chose, les cartons la commentent, et la superposition est d’un comique irrésistible.

Dans leur présentation, Pierre Guillois et Olivier Martin-Salvan prétendent avoir voulu faire un « théâtre du pauvre », avec les moyens du bord, des inscriptions sur des cartons, pour suggérer les beaux décors que leur grande aventure aurait pu nous valoir si la production avait été plus fortunée. En réalité, cette économie est source d’une inventivité qui semble sans limite. Olivier Martin-Salvan adore jouer avec sa voix, Pierre Guillois jouer avec son corps, le premier est un moulin à paroles, le deuxième un festival de mimes : faisant corps avec ses cartons, il est tour à tour la sirène, les oiseaux, des marmottes, des véliplanchistes nus, des arbres. Il joue même à être lui-même, un acteur fatigué de courir partout des cartons à la main tandis que son partenaire se repose tranquillement.

Ressources pour le comique au théâtre

Spectacle parfait pour les fêtes, cette pièce est également parfaite pour le collège. Les programmes du cycle 4 invitent à travailler le comique au théâtre. Farce, comédie de mœurs ou de caractère, vaudeville, ces genres sont affaire de technique, de travail de l’acteur, avec son corps, des accessoires, des situations et un partenaire, mais aussi un terrain d’improvisation.

Une première version du Cabaret de carton avait été présentée par Pierre Guillois, en pleine épidémie de covid, au Théâtre en plein air proposé par Jean-Michel Ribes, autrement appelé « le Rond-Point dans le jardin ». Mesurer la différence entre l’ébauche de septembre 2020 et la pièce actuelle, c’est prendre conscience du travail et de la réflexion qui se nichent derrière une pièce aussi hors norme. Voir cette pièce c’est réapprendre les fondamentaux du comique, revenir à ses origines. Chacun pourra s’essayer aux effets incongrus du jeu de l’objet et du message : il suffit de ramasser des cartons, de s’armer d’un feutre noir et de laisser libre cours à son imagination.

P. C.

Les Gros patinent bien, cabaret de carton, au Théâtre du Rond-Point jusqu’au 16 janvier 2022. Tournée en France à partir de fin janvier 2022, dates à consulter sur https://www.pierreguillois.fr/spectacle/les-gros-patinent-bien/

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Pascal Caglar