Maxime Montaggioni,
un champion pas comme les autres

C'est l'interview illustrée de ce champion de snowboard qui a valu à ces collégiens de conquérir le prix coups de coeur de la marraine de l'édition 2022 du concours Chasseurs d'actu. La publication du palmarès prend fin avec cet article.

Marion Dufrene, Guillaume Delattre et Éva Montesinos-Marin
du collège Henri-Matisse à Nice.

C’est l’interview illustrée de ce champion de snowboard qui a valu à ces collégiens de conquérir le prix coups de coeur de la marraine de l’édition 2022 du concours Chasseurs d’actu. La publication du palmarès prend fin avec cet article.

Marion Dufrene, Guillaume Delattre et Éva Montesinos-Marin
du collège Henri-Matisse à Nice.

Les super-héros ne sont pas tous habillés d’une cape.

Maxime Montaggioni, né le 22 août 1989 avec une malformation congénitale du bras droit, champion paralympique de banked slalom au snowboard lors de ces derniers jeux, a eu la gentillesse de nous donner de son temps en répondant à nos questions. 

Maxime a toujours baigné dans le sport. Il s’est consacré pendant 12 ans au taekwondo, jusqu’à intégrer la première équipe de France de Para-taekwondo. C’était un loisir et un goût de performance. Quand le taekwondo s’arrête, et comme il ne pense pas à une carrière sportive, il fait un master en communication pour « faire sa vie comme les gens normaux. Mais la vie en a fait autrement ». 

Lors d’un salon de snowboard, un entraîneur de l’équipe de France de para-snowboard, Patrice Baraterro, lui propose de les rejoindre. Maxime décline une première fois jusqu’à un appel après les J.O. de Sotchi en 2014, où Patrice lui propose de passer peu à peu le flambeau et souhaite lui faire découvrir la compétition.

Tout va très vite ! Une première compétition en 2014 et, deux ans après, Maxime gagne les Championnats du monde !

Actuellement, cela fait quatre ans que Maxime ne se consacre qu’à ce sport. Il appartient à l’Armée des Champions qui est une vraie aide pour les sportifs : l’État leur trouve un emploi, les fait cotiser « comme une personne normale dans la société » et en plus ils sont détachés à 100% pour pratique leur sport.

Après avoir lu cet article, vous en saurez autant que nous sur cette personne unique  au parcours plus que particulier.

Maxime, pouvez-vous vous décrire en trois adjectifs ?

Je dirais : déterminé, drôle, même si ce n’est pas moi qui le dis, et ambitieux.

Que faut-il pour être un champion ?

Les qualités requises sont de la détermination, beaucoup d’abnégation, de sacrifices et d’envie pour passer outre les points négatifs de la vie d’un sportif de haut niveau. Il faut du temps pour s’entraîner et de l’argent pour assumer le coût de toute une saison.

Quand et comment avez-vous choisi entre snowboard et ski ?

C’était très évident à 8 ans quand j’ai passé ma troisième étoile et que je n’étais pas très bon en ski. J’en avais marre des bâtons ! Je suis passé au snowboard.

Avez-vous d’autres passions, pratiquez-vous d’autres sports ?

Je fais beaucoup de balades en moto, beaucoup de sports d’extérieur : du canyoning, de l’escalade avec mes amis : c’est important pour moi. Je fais beaucoup d’arts martiaux dont j’ai aussi besoin. J’aimerais faire une compétition de pétanque en valide cette année pour voir comment ça se passe ! Et pourquoi pas, d’ici un ou deux ans, faire un Ironman.

Chaque sport vous apporte-t-il la même chose ?

En général, je cherche la souffrance physique dans le sens de l’effort et l’adrénaline en plus de la recherche de la performance. Bien que la pétanque ne procure pas d’adrénaline, j’en trouve avec la vitesse de la moto et du snow et dans mes combats.

Quelle est la journée type d’un champion ?

Une journée type ? Ça dépend.

En compétition, petit déjeuner assez tôt, s’échauffer, faire quelques pistes de snowboard en libre pour pouvoir remettre la machine en route, faire des trainings sur la piste. Puis c’est le moment de la compétition et de la remise de médailles. Ensuite, repos avec du kiné et éventuellement préparation du matériel pour le lendemain. Puis dîner et dodo !

Hors compétition, une journée lambda, ça va être en général sport le matin et bien déjeuner, parce que c’est important de bien manger ! Après, j’aime bien jouer à la pétanque de manière sérieuse dans un club, si je sens que j’ai besoin de me reposer je fais une bonne petite sieste. Éventuellement gérer l’administratif, les sponsors, les obligations, les factures à faire, les papiers à remplir pour le travail. Enfin, prendre du temps pour soi, voir ses amis.

Que ressent-on lorsqu’on gagne les Jeux Paralympiques ?

C’est quelque chose d’assez fort. C’est assez indescriptible en fait. C’est une telle charge d’émotions. C’est presque violent tellement c’est puissant.

J’ai vu que j’avais gagné une fois que le dernier concurrent était passé. Tout mon corps s’est relâché. Je me suis mis à pleurer sans rien contrôler.

C’est compliqué à expliquer, mais c’est comme un énorme relâchement. Comme si la pression retombait d’un coup et du coup, baissait pour le bonheur.

Quelle différence entre gagner les Jeux Paralympiques et les championnats du monde ?
Justement, ce n’est pas du tout les mêmes émotions ! Je connaissais la victoire aux championnats du monde. Les derniers étaient super intenses parce que j’ai gagné alors que je ne pensais pas gagner. J’ai ressenti beaucoup de satisfaction mais pas ce truc où je ne contrôle plus rien, c’était un peu moins intense en fait. C’est compliqué à expliquer parce qu’il faut le vivre. Cette sensation est rare. Je retournerai aux Jeux Paralympiques de Cortina en 2026 juste parce que j’ai envie de retrouver cette émotion que je ne sais pas trop expliquer.

Dans quel état d’esprit êtes-vous arrivé aux Jeux Paralympiques après ce qu’il s’était passé en Corée ? *

Pour moi, c’était vraiment une sorte de guerre. Je me suis énormément entraîné. J’ai préparé ce combat comme un combattant. Et je suis arrivé déterminé. La dernière fois, j’étais arrivé un peu blessé. Là, j’étais bien physiquement, bien mentalement. J’étais prêt à en découdre. Les journalistes me voyaient favori, mais dans des courses d’un jour à l’autre, tout peut arriver. Et je me suis mis la pression tout seul en me disant qu’il fallait que je ramène une médaille pour enfin savourer tout ce travail fourni ! Parce que c’était tout ce qui me manquait finalement, mon objectif était vraiment de donner le meilleur de moi-même.

Qu’espérez-vous après les Jeux Paralympiques ? 

Alors, qu’est-ce que j’espère ?

Après les Jeux, j’espère qu’il y aura un engouement autour du handisport, qu’on pourra exister en tant qu’athlète à part entière et qu’on pourra reconnaître le travail qu’on fournit au quotidien.

Parce que les sacrifices, l’investissement en énergie, il est le même qu’une personne valide. Je pense que les gens n’en ont pas encore bien conscience. Il y a toujours peu de retombées médiatiques et pourtant ce sont elles qui nous font vivre aussi. En ayant de bons résultats, on espère attirer des partenaires, des marques un petit peu plus grosses encore qu’on avait peut-être jusqu’à maintenant.

Quel est votre nouvel objectif ?

Ça va être déjà de savourer et de profiter de la médaille pendant quelques mois, de se remobiliser pour Cortina en Italie en 2026. J’aimerais aller chercher une médaille aussi en snowboard-cross puisque je ne suis pas satisfait de ma performance de cette discipline, l’objectif ce serait de ramener deux médailles !

Dans votre parcours, votre handicap a-t-il été discriminant ?

Pas dans mon parcours personnel sauf quand j’ai cherché mon premier emploi étudiant et que l’on m’a dit qu’il fallait que je sois reconnu comme travailleur handicapé afin qu’ils reçoivent des subventions et que ça ne leur coûte pas trop cher au cas où je ne ferais pas le boulot selon les attentes. Je ne l’ai pas très bien pris au début. J’ai compris ensuite que c’était une nécessité pour eux. Sinon cela a été un moteur et m’a fait rencontrer des gens incroyables dans le handisport.

Comment votre handicap est-il devenu une force ?

Cela l’a toujours été car mon handicap s’est essentiellement traduit par des rencontres.

Mon handicap n’a jamais été gênant dans mes relations.

Les lieux de pratiques sportives sont-ils adaptés aux personnes en situation de handicap ?

Pour moi, dans mes sports, tout est bien adapté.

Selon vous le handisport est-il médiatisé comme il le devrait ?

Non, bien que l’on ne puisse pas forcer les gens à regarder,  je pense que les compétitions devraient être plus accessibles.

Si vous étiez ministre des Sports, quelles mesures prendriez-vous pour développer le handisport en France ?

Je miserais sur la jeunesse, il y a un programme appelé La Relève qui est développé depuis trois ans. Ce programme pourrait être optimisé car il n’est fait que pour les sports d’été. Les jeunes voulant prendre la suite se font rares. Par exemple, je voudrais prendre ma retraite dans quatre ans et il n’y a aucun jeune qui pourrait me remplacer dans ma catégorie.

L’idée serait de faire un diagnostic en France pour trouver ces jeunes en situation de handicap afin de continuer à faire rayonner le handisport français.

Avant tout il faut leur donner les moyens : le préparateur physique est à la charge de l’athlète, le staff aussi.

Quelle question auriez-vous aimé que l’on vous pose ?

« Est-ce que mes rêves d’enfant ont été réalisés ? » 

Je pense qu’ils ont été réalisés car malgré le chemin parcouru et les efforts consentis, je suis fier de moi et je commence à savourer. Je suis également fier de mon entourage qui a su me supporter durant mes périodes difficiles.

De notre côté, nous nous posons une question et nous avons souhaité vous la poser à vous, chers lecteurs :

Pourquoi séparer les JO des JO Paralympiques ? Ne serait-il pas « juste », « normal », « judicieux » d’inclure chaque sportif ? Des champions sont des champions!

*Maxime était arrivé avec un genou fragilisé par une chute aux Jeux Paralympiques de Pyongyang et s’était rompu le ligament antérieur à l’entraînement

M. D., G. D. et E. M.-M.

Cet article a été initialement publié sur la page du concours Chasseurs d’actu.


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