« Paris, ville capitale ? » :
Nouveau thème de culture générale
en BTS

Comme chaque année, un des deux thèmes de culture générale et d’expression proposés à l’examen est remplacé par un nouveau. Pour la session 2024, « Paris, ville capitale ? » rejoint « L’invitation au voyage ». À quelques mois des Jeux olympiques, ce questionnement réclame des éclairages en vue de son apprentissage avec les étudiants de BTS.
Par Antony Soron, maître de conférences HDR, formateur agrégé de lettres, Inspé Paris Sorbonne-Université

Comme chaque année, un des deux thèmes de culture générale et d’expression proposés à l’examen est remplacé par un nouveau. Pour la session 2024, « Paris, ville capitale ? » rejoint « L’invitation au voyage ». À quelques mois des Jeux olympiques, ce questionnement réclame des éclairages en vue de son apprentissage avec les étudiants de BTS.

Par Antony Soron, maître de conférences HDR,
formateur agrégé de lettres, Inspé Paris Sorbonne-Université

Pour rappel, l’épreuve de culture générale et d’expression se déroule en quatre heures et se structure en deux parties. La première, dite de « synthèse », invite les étudiants à s’approprier quatre documents hétérogènes – iconographiques et textuels (article de presse, essai, roman…) – qu’ils doivent mettre en lien de façon méthodique et problématisée. La deuxième partie, relevant de « l’écriture personnelle », conduit les élèves à répondre à une question. Par exemple, en 2022 : « Selon vous, notre maison parle-t-elle de nous ? » (thème « Dans la maison »). À cette fin, il leur est demandé de s’appuyer sur les documents du corpus, leurs lectures et leurs connaissances personnelles.

Un nouvel intitulé en forme de question pour 2024

Le thème « Paris, ville capitale ? » se distingue d’emblée par la spécificité syntaxique de son intitulé. Il s’agit d’une interrogation nominale qui sous-tend une formulation complète du type « Paris est-elle une ville capitale ? » Elle correspond à une question fermée, à laquelle on serait tenté de répondre par oui ou par non. Deuxième spécificité immédiatement repérable, la mise en tension d’un nom propre, Paris, et d’une expression à prendre au sens propre (Paris, capitale de la France) et au sens figuré, « ville capitale » renvoyant par synonymie à une ville présumée « importante », « essentielle » ou « fondamentale ».

Aborder ce thème par le biais linguistique est recommandé car l’approche pédagogique est plurielle. Le nouveau thème invite tout particulièrement à ne rejeter aucune discipline : géographie, histoire, sociologie, sans oublier l’économie, puisque le mot « capitale » évoque celui de « capital », a fortiori quand on s’intéresse au coût du mètre carré du Paris des beaux quartiers.

Paris, une idée reçue

La préparation à l’examen implique de travailler selon trois axes : acculturation, écriture de synthèse et expression personnelle. En clair, on amène les étudiants à s’approprier des connaissances sur Paris et son image tout en déconstruisant, au moins partiellement, leur propre vision et, le cas échéant, leurs propres stéréotypes sur Paris. Or, de ce point de vue, quelle ville mondiale agglomère-t-elle autant d’idées reçues autour de son nom ? Les premiers échanges en classe le montreront sur ce nouveau thème, la « ville lumière » a, au moins, le mérite de faire parler d’elle. Ainsi, le premier focus pourra susciter vifs débats et commentaires. Ce qui permettra d’emblée de poser une question corrélative à la première : pourquoi la capitale de la France est-elle, au fil du temps, devenue un tel sujet de conversation ?

Une invitation à l’enquête

L’épreuve de culture générale et d’expression ne passe pas exclusivement par un bachotage cantonnant les élèves au rôle d’auditeurs d’un discours magistral. Ils seront invités à mener leur propre enquête par le biais de lectures, de visionnages et d’écoutes. Il faut garder en tête que leurs horizons culturels sont inégaux. Il n’est pas sûr par exemple que la plupart soient déjà allés au musée Carnavalet, autrement désigné comme le musée de la ville de Paris1. En revanche, ils sont sûrement plus nombreux à connaître la série Emilie in Paris.

Nous recommandons donc de ne pas opérer de discrimination qualitative des supports convoqués au fil des séances. En effet, les représentations d’une ville passent par la variété des éléments de médiation culturelle.

Un appel à la curiosité

Taper « Paris » dans un moteur de recherche, voire demander à ChatGPT de réfléchir à la problématique « Paris, ville capitale ? », constituera à coup sûr la démarche initiale des étudiants. Ici encore, il importe de ne pas se méprendre sur leurs réflexes pour convoquer le savoir. Toutefois, un tel sujet aura sans nul doute le mérite de susciter la curiosité de ceux désireux d’en savoir un peu plus. D’où le plaisir qu’ils pourront avoir en découvrant que la résilience de la capitale au lendemain des attentats de 2015 peut trouver sa source dans la lointaine devise latine de Paris, « fluctuat nec mergitur ».

Selon cette perspective, il convient d’aider les étudiants de BTS à désenclaver leurs propres représentations afin qu’ils puissent les enrichir. D’où la nécessité, avant de leur fournir un corpus littéraire de référence2, de leur proposer des documents audio et vidéo accessibles3.

Une ville monumentale

Comme le film d’animation de Michel Ocelot, Dilili à Paris (2018), le met en lumière, Paris apparaît le plus souvent au visiteur comme une ville-musée.

« Côté technique, le réalisateur a innové (une fois encore). De véritables photographies de la capitale, prises de nos jours par lui-même, retravaillées sur ordinateur (nettoyées des traces de modernité) et utilisées pour les décors, offrent à l’image un effet plastique saisissant4. »

Il y a, de fait, une dimension éternelle dans ce Paris que les touristes viennent chercher en s’y rendant. Paris, comme tous les hauts lieux visités dans le monde entier, ne tient plus alors qu’à quelques monuments ou édifices à valeur quasi métonymique. Ce qui conduit à des affirmations fréquemment entendues dans toutes les langues comme « Paris, c’est la Tour Eiffel », « Paris, c’est le Louvre ».

Paris en lettres capitales

Ville historique s’il en est, théâtre de la Révolution depuis la prise de la Bastille jusqu’aux exécutions en place de grève sous la Terreur, Paris a souvent été personnifiée, comme en atteste le célèbre discours du général de Gaulle du 25 août 1944, « Paris brisé ! Paris outragé ! … mais Paris libéré5 ! ». Il est vrai que le renom de la capitale a constamment été rehaussé en tant que lieu investi par les livres et les films.

Entre mille exemples, difficile de ne pas penser au fameux Paris est une fête (1964), d’Ernest Hemingway, et à Midnight in Paris, de Woody Allen (2011). Paris reste avant tout une ville « monstre », au sens où elle nourrit l’inspiration des créateurs sans jamais pouvoir l’épuiser. Les étudiants auraient d’ailleurs intérêt à développer leurs réflexions en faisant un sondage à partir d’un panel représentatif de personnes. En plus de leur propre vision, ils découvriraient alors que Paris ne laisse finalement personne indifférent, au point que beaucoup entretiennent leur propre image de la capitale, nourrie soit par une visite, soit par un film, soit par une lecture.

Pour les uns, en littérature, ce sera le Paris de Proust6, pour d’autres celui de Modiano7 ; ou encore celui de Georges Pérec et ses souvenirs fragmentés : « Je me souviens qu’au “Monopoly”, l’avenue de Breteuil est verte, l’avenue Henri-Martin est rouge, et l’avenue Mozart orange. »

Et pourquoi ne pas leur demander : pour vous, quel livre, quel film, quelle série, quelle photographie représentent le mieux Paris ?

A. S.

Notes

Antony Soron
Antony Soron