« Arrêtez-moi », de Jean-Paul Lilienfeld

jean-paul-lilienfeld-arretez-moiUlcéré par la violence ordinaire, Jean-Paul Lilienfeld a décidé de s’y attaquer.

Après avoir écrit et joué L’Œil au beur(re) noir, de Serge Meynard, en 1987, film sur le racisme au quotidien, il a réalisé des comédies comme XY, drôle de conception (1996), HS Hors Service (2001), et des films pour la télévision. Mais c’est La Journée de la jupe (2008) qui l’a fait connaître au grand public.  Isabelle Adjani y campait une enseignante dépassée qui, à la suite d’un quiproquo, prend sa classe en otage.

Les statistiques sur les violences domestiques à l’encontre des femmes ont convaincu le cinéaste de renouveler l’expérience du drame en adaptant pour l’écran Les Lois de la gravité, roman de Jean Teulé, sur la maltraitance conjugale.

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Une épreuve de force

Il doit être environ dix heures du soir quand une mère d’une quarantaine d’années (Sophie Marceau) arrive pour raconter au lieutenant de garde Pontoise (Miou-Miou) qu’elle a commis un meurtre dix ans auparavant. Rongée par ce souvenir, alors que la police a conclu au suicide, elle tient absolument à avouer qu’elle a poussé son mari de la fenêtre par laquelle il menaçait de se jeter. La scène, reconstituée en flash-back, souligne la violence gestuelle et verbale dudit mari, mélodramatiquement perché sur le congélateur du balcon.

La policière tentait de se détendre dans le noir. Elle en a assez des soirées de garde où débarquent tous les délinquants à la petite semaine qu’elle doit enfermer dans les deux cellules du poste. Et de les entendre se taper la tête contre les murs avec les casques de moto qu’on leur donne pour se protéger : « Il y a la loi et ce qu’on peut faire », précise-t-elle. Alors une criminelle comme celle-là, elle n’en veut pas. L’affaire a été jugée, classée. Si cette femme a réussi le crime parfait, n’en parlons plus. Mais sa visiteuse ne l’entend pas de cette oreille : elle veut absolument donner son nom. Que la policière allume son ordinateur !

C’est cette épreuve de force que Jean-Paul Lilienfeld a filmée avec une caméra spécialement équipée pour donner le point de vue de la criminelle. Au cours de ce dialogue surréaliste entre une coupable sans nom qui veut être arrêtée et une policière qui ne veut rien entendre, de brefs flash-backs subjectifs impriment au film un rythme effréné. Après la course de la meurtrière jusqu’au commissariat  pour se dénoncer, ces retours sur un passé qui la hante sont filmés comme des images de cauchemar permettant au spectateur de voir, de vivre les coups reçus, d’entendre insultes et menaces.

Huis clos terrible, transformé par l’horloge qui tourne en suspense haletant : à minuit, dix ans seront écoulés, et il y aura prescription. Laquelle des deux va céder ? La meurtrière ou la policière ? Pontoise n’omet aucun argument pour dissuader son interlocutrice : son fils, son travail de factrice qui lui donne tant de satisfactions, les horreurs de la prison, rien n’y fait. La coupable s’impose le choix entre une lourde peine à subir et la perpétuité du remords.

 

Un plaidoyer pour les femmes en détresse…

Comme il l’a fait avec Isabelle Adjani, le cinéaste sait comme personne diriger deux grandes comédiennes – Sophie Marceau et Miou-Miou, toutes deux excellentes – et mettre en scène un tête-à-tête tendu à en faire perdre le souffle. Ponctué de boutades qui suscitent un rire nerveux, le texte du dialogue est parfait, naturel et familier certes, pour rendre la condition sociale des deux protagonistes et la sympathie profonde qu’elles éprouvent assez vite l’une pour l’autre, mais surtout terrifiant par ses allusions à la violence quotidienne subie par l’une et affrontée par l’autre.

C’est peut-être cette présence lancinante du hors-champ qui fait la force de cette mise en scène. Véritable plaidoyer en acte pour les femmes en détresse, le film secoue et dérange. Si celle qu’incarne Sophie Marceau espère échapper au statut de victime en endossant celui de coupable, la lieutenante, elle, a compris que la violence qui la cerne n’est gérable que par des expédients : alcool, amphétamines, superstition.

 

… suscite l’agressivité de la presse !

On ne peut que s’interroger sur l’agressivité  de la presse à l’égard de ce film, de son auteur et de ses interprètes. Les expressions employées pour en parler sont si méprisantes qu’on se demande vraiment si elles visent l’œuvre, pourtant aussi forte que La Journée de la jupe, le cinéaste, accusé du crime majeur de féminisme, ou les femmes en général, qui pourraient tout de même être plus discrètes et ne pas faire tant d’histoires quand elles sont battues !

Anne-Marie Baron

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Anne-Marie Baron

2 commentaires

  1. Message à anne- marie rencontrée à une réunion des « femmes du monde »….
    bien sur ton analyse et tes remarques sur « Arretez moi  » sont parfaites….
    mais, si on a un message à faire passer, ne faut il pas fournir et financer l’effort de promotion pour atteindre son public
    on dit que c’est aussi difficile que de faire le film…
    il n’y a rien d’étonnant et surtout pas la presse
    de toute façon, j’irai voir ce film

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