Un monde nouveau, de Cyril Dion : développer la conscience citoyenne

La mini-série documentaire co-écrite par Cyril Dion a déjà été visionnée par un million de spectateurs. En accès gratuit sur la chaîne Arte, elle reste disponible jusqu’en mai 2023. Six mois : le temps d’une prise de conscience globale du péril qui s’annonce en cas d’inaction climatique ?
Par Antony Soron, maître de conférences HDR, formateur agrégé de lettres, Inspé Paris Sorbonne-Université.

La mini-série documentaire co-écrite par Cyril Dion a déjà été visionnée par un million de spectateurs. En accès gratuit sur la chaîne Arte, elle reste disponible jusqu’en mai 2023. Six mois : le temps d’une prise de conscience globale du péril qui s’annonce en cas d’inaction climatique ?

Par Antony Soron, maître de conférences HDR, formateur agrégé de lettres,
Inspé Paris Sorbonne-Université.

En 2015, en collaboration avec la comédienne Mélanie Laurent, le film de Cyril Dion, Demain, raflait un million d’entrées au box-office. C’était l’année de la fameuse COP 21 organisée par la France. C’était aussi l’année de la parution de l’ouvrage de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer : petit manuel de collapsologie à l’usage des générations futures (Seuil) : un des livres fondateurs de la pensée de Cyril Dion. Huit ans plus tard, le secrétaire général des Nations unies déclare, en inaugurant la COP 27, « Nous allons vers la catastrophe », la planète est dans le pire état qu’elle ait connu depuis le début de son histoire « millénaire », pourtant, le déni de réalité climatique reste très prégnant. Que peut l’action pédagogique ?

Continuité du combat pour le climat

Depuis Demain, Cyril Dion est de tous les combats. Il est désormais une figure de résistance contre le scénario du « laisser-faire », pour reprendre une expression fondamentale citée plusieurs fois dans sa mini-série Un monde nouveau, réalisée par Thierry Robert. L’écrivain activiste a compris qu’il lui fallait être à la fois un lanceur d’alerte et le narrateur d’un avenir, sinon désirable, au moins envisageable pour l’humanité. C’est d’ailleurs la perspective de cette série diffusée sur Arte depuis le 15 novembre. Le choix d’un format en trois parties d’une petite heure chacune lui permet en effet d’aborder le problème climatique selon trois angles complémentaires impliquant, de façon implicite dans leurs titres respectifs, l’idée que l’on doit tous passer à l’action : Résister – S’adapter – Régénérer. Par un heureux hasard, l’intitulé de la mini-série est aussi celui d’une chanson récente du groupe « Feu ! Chatterton » qui résonne avec le propos de Cyril Dion :

Un vent, un grand vent nouveau
Soufflait sur le pays très chaudement
Dans un bain, un bain de foule dévot
À moitié ébahi, on se mouillait mollement
La glace fondait dans les Spritz, c’était à n’y comprendre rien
Tout le monde se plaignait en ville du climat subsaharien

Le refus d’une présentation spectaculaire du scénario apocalyptique

Dès 2006, le film de Davis Guggenheim, Une Vérité qui dérange, centrée sur la campagne de sensibilisation menée par l’ancien candidat à la présidence des États-Unis, Al Gore, proposait aux spectateurs un film d’alerte, contenant certaines prises de vue réelles à faire froid dans le dos1.

 Cyril Dion aborde la question en pariant sur le fait que le « spectaculaire » émeut mais ne provoque pas nécessairement de réaction, comme s’il correspondait à un énième film « catastrophe ». Son idée consiste au contraire à aller questionner les gens qui réfléchissent au problème climatique et alertent politiques et médias par des actions pouvant aller jusqu’à l’activisme violent : l’épisode 1 focalise en particulier l’attention des spectateurs sur les enjeux du mouvement Extinction Rébellion. L’épisode 2 rencontre ceux qui trouvent des réponses dans les cas les plus extrêmes. Cyril Dion entend positionner le spectateur : le péril climatique est déjà là, comme le prouvent les catastrophes déjà à l’œuvre : inondations, sécheresses, glissements de terrain, tempêtes… et les rapports du GIEC.

« Pénurie d’eau, exode, malnutrition, extinction d’espèces… La vie sur terre telle que nous la connaissons sera inéluctablement transformée par le dérèglement climatique quand les enfants nés en 2021 auront 30 ans, voire plus tôt2. »

La mini-série mise sur une projection dans ce qui attend l’être humain non pas dans un siècle, mais dans un futur proche. Il s’agit pour Cyril Dion de mettre en images la façon dont, dès maintenant, il faut se préparer à ce qui nous attend. Le poète romantique Alfred de Musset a une phrase célèbre, « Nul ne se connaît tant qu’il n’a pas souffert ». La mini-série part de ce présupposé : nul ne réalise vraiment le changement climatique tant qu’il n’en a pas directement souffert.

Aussi, l’expérience d’usage raisonnée de l’eau potable dans la ville du Cap en Afrique du Sud (épisode 2) apparaît-elle comme la conséquence d’une réalité indiscutable et dramatique. En 2018, l’eau ne coule plus des robinets. On est en plein dans le scénario du pire puisque l’on a atteint alors le fatidique « Day zero3 ».

Un modèle social et économique définitivement caduc

La série est susceptible de faire naître des débats en famille, en classe, au bureau. En effet, si Cyril Dion n’a rien d’un gourou de l’apocalypse planétaire, il met le doigt sur les failles d’un système qui a montré ses limites et surtout sa totale inadaptation aux défis qui attendent l’homme. En donnant la parole à tous ceux qui pensent le monde de demain et qui offrent déjà des solutions pour s’y préparer, le réalisateur valorise une approche concrète, à hauteur d’homme et de citoyen du monde.

Fin 2006, Cyril Dion participait à la création du mouvement Colibris. En 2010, il était partie prenante du film documentaire de Coline Serreau, Solutions locales pour un désordre mondial4. Un monde nouveau poursuit sur le sillon tracé. Accessible et propice à un questionnement productif cette mini-série peut être relayée par tous les acteurs de l’Éducation convaincus qu’il reste encore quelque chose à faire pour la planète. Car, pour l’écrire avec la poétesse québécoise, Hélène Dorion, malgré « Les alertes du matin [qui] résonnent /dans la chambre du siècle », rien ne change dans « le jardin où périt un monde /où l’on voudrait vivre ».

A.S.

Notes

(1) https://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18637702&cfilm=111289.html

(2) https://www.colibris-lemouvement.org/magazine/climat-lelectrochoc-salutaire

(3) https://www.courrierinternational.com/article/penurie-la-cinquieme-ville-d-afrique-du-sud-redoute-le-day-zero-le-jour-ou-il-n-y-aura-plus-d-eau-au-robinet

(4)https://www.google.com/search?q=solutions+locales+pour+un+d%C3%A9sordre+global&rlz=1C1RXMK_frFR969FR969&oq=Solutions+locales+pour+un+d%C3%A9sordre+mondial&aqs=chrome.1.69i57j0i22i30l7.4802j0j4&sourceid=chrome&ie=UTF-8#fpstate=ive&vld=cid:ab79cfd2,vid:GUb0KKrGQ8g

(5) Le recueil, Mes forêts (ED Bruno Doucey, 2022) sera au programme de littérature de l’EAF 2023

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Antony Soron
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