Découvrir Olivier Adam

Toucher l’eau, toucher le vent : c’est le titre d’un livre écrit par Amos Oz. Ce pourrait être celui d’un roman d’Olivier Adam.

La sensation est au cœur de ses textes. Ses personnages ressentent avant de penser, éprouvent des émotions, souvent intenses, violentes, et se construisent ainsi.

Le verbe pronominal est parfait dans les circonstances puisque les héros de ses romans ont l’âge du narrateur. De l’auteur ? Sans doute aussi, mais bien qu’il appartienne à leur génération, on évitera de confondre ses héros avec Olivier Adam. Disons qu’il les a côtoyés, croisés, et qu’il les aime.

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Des êtres au milieu d’un chemin périlleux

Parce que cette proximité, cette empathie (terme à la mode mais si utile), ce sont les qualités de la prose d’Adam. Il décrit des êtres qui ont basculé, vont ou peuvent le faire. Ainsi de Nathan, le frère de Sarah, la narratrice du Cœur régulier, son dernier roman paru à l’automne 2010. Il aurait pu tomber d’une falaise, au Japon. Une de ces falaises d’où l’on se jette pour échapper à tout, pour ne plus survivre. Basculer de la falaise, à Étretat, c’est d’ailleurs ce qu’a choisi de faire la mère d’Olivier, dans Falaises. Et à sa façon, Marie l’héroïne de À l’abri de rien tombe d’une falaise lorsque, voulant venir en aide aux réfugiés qui s’entassent autour du port de Calais, elle sacrifie tout, jusqu’à son couple, la vie de sa famille.

Olivier Adam peint des êtres au milieu d’un chemin périlleux, voire tout près d’un bord fatal. Seul le héros de Des vents contraires ne succombe pas à cette tentation du vide ou du rien. Ce qui est vrai pour les romans que publie Olivier Adam chez l’Olivier, pour des adultes, l’est également pour ses textes publiés à l’École des loisirs. La Messe anniversaire ou Comme les doigts de la main : le chagrin ou le désespoir ne sont pas le privilège d’un âge ; les lecteurs d’Olivier Adam appartiennent à la même communauté, celle des êtres qui sentent, éprouvent et qui, selon la si belle formule de Breton se taisent « lorsqu’ils cessent de ressentir ». Pour ne pas trahir ce qu’ils ont de plus pur en eux.

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L’inclination pour l’extrême

Cette inclination pour l’extrême est compensée ou opposée à un amour de la vie, à une envie d’être, tout aussi vive que la plongée vers le néant. Les personnages qu’Adam met en scène sont prêts à l’extrémité parce que leur exigence face à la vie est entière, immense. Sarah, comme son frère Nathan, un éternel révolté, ne supporte pas ce qu’est devenue son existence. La mort de Nathan sert de révélateur et le voyage qu’elle accomplit au Japon est un voyage vers elle-même.

Elle ne peut plus être cette épouse docile, cette cadre en entreprise qui grimpe les échelons sans jamais rien remettre en question, cette mère qui supporte le silence de ses enfants, occupés à leurs jeux électroniques, leur connexion aux « réseaux sociaux », et devenus incapables de discuter avec elle. Elle ne supporte plus le jargon ni les faux semblants. Et ce qui vaut pour Sarah, bourgeoise installée dans son confort, vaut aussi pour Marie, épouse d’un chauffeur de car à Calais, enfermée dans le cadre étriqué de son lotissement, derrière ses murs, dans sa routine.

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Un univers romantique

 Si le mot de romantisme a un sens, aujourd’hui, on pourra l’utiliser à propos de l’univers que construit Olivier Adam. Frères et sœurs s’y aiment comme des jumeaux, se comprenant sans qu’il soit toujours besoin de se parler. La disparition de l’un (si bien racontée dans Je vais bien, ne t’en fais pas, qui a rendu Adam célèbre à travers le film qui en a été tiré) met en péril l’existence de l’autre.

La musique, les chansons, les livres qui font le ciment d’une génération remplissent ses romans, sont comme des signes grâce auxquels on se reconnaît. Et puis, bien sûr, il y a ce goût ou ce besoin de révolte contre les injustices, contre les filiations insupportables, contre un père ou un époux qui incarnent le bon sens, la raison ou le conservatisme.

Romantique donc. Retenons l’adjectif sans pour autant réduire l’écrivain à cette épithète. C’est seulement une façon de le situer et d’envisager des parallèles avec celles et ceux qu’on a qualifiés de tel, ou qui ont voulu cette épithète. Des solitaires qui parfois entraînent les autres dans les plus grandes épopées.

Norbert Czarny

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Des pistes pour entrer dans les romans d’Olivier Adam

• Sur la sensation : Un cœur régulier L’Olivier 2010, page 187 (jusque « sentir battre un cœur régulier ») : une belle liste de verbes à l’infinitif peut servir de point de départ à une écriture sur les sensations qui permettent de se retrouver soi-même.

• Sur le thème des frères et sœurs Un cœur régulier (L’Olivier 2010, page 197,  à partir de « Je me lève et Nathan me poursuit ») évoque la fugue des deux adolescents. On peut la mettre en parallèle avec ce que Patrick Modiano en écrit dans Dora Bruder (Gallimard 1997, pp. 79-80) et faire le lien avec « Ma Bohême », de Rimbaud.

• Enfin, dans Falaises (L’Olivier, 2005, pp. 133-134) une très belle énumération de ce que le narrateur aime, quand il est sur la plage, fait partie de ces listes qu’on a envie de constituer soi-même, ou de faire constituer par des collégiens.

Entretien vidéo avec Olivier Adam à propos de Ni vu ni connu (« Neuf », L’École des loisirs, 2009).

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Norbert Czarny

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