Comment débuter une séance ?

Certains manuels de français (collège notamment) proposent une activité de recherche préalable avant la lecture expliquée du texte. Cette recherche est articulée autour de divers objectifs en fonction des textes présentés à la classe : lexical, historique, géographique voire biographique.
Nous ne saurions blâmer cette activité de démarrage (s’agissant bien sûr d’une recherche spécifique et limitée). En effet, il est souvent décisif, en vue de la suite de la séance de littérature, que les élèves situent voire concrétisent préalablement le texte « à découvrir ». Ancrage, contextualisation demeurent par là même les maîtres-mots de l’entrée dans la séance.
La programmation de la séquence gagnera ainsi à prévoir une alternance entre des séances « ouvertes » sur la lecture initiale du texte littéraire et d’autres s’autorisant un ancrage préalable dont le propos qui suit se chargera de donner quelques pistes concrètes.

 

La pré-lecture

Notre réflexion s’inscrit dans le cadre d’une pédagogie différenciée rendue nécessaire du fait de la forte hétérogénéité des classes de collège et de lycée. Elle s’ancre de fait naturellement sur l’observation et l’expérience des classes de collège sans pour autant apparaître hors-sujet en ce qui concerne la poursuite d’étude de l’élève.
Le principe de « pré-lecture » est très simple. Pour faciliter sa lecture à haute-voix d’un texte littéraire donné, le professeur a tout intérêt à « raconter » brièvement (ou si l’on préfère « en résumé ») le récit à suivre : nous prenons le cas du texte narratif pour simplifier l’amorce de la réflexion.
Ce qui pourra donner une introduction de séance telle que : « Je vais vous raconter une histoire, elle parle de (Qui ?), elle se passe (Où ?, Quand ?)… »
Cette option didactique permet aux élèves de construire quelques images mentales préalables. L’expérience montre qu’elle demeure quasi obligatoire au moins en début d’année dans certaines classes. Dans une classe de lycée, face au cas d’un récit « complexe » par exemple, tel que celui de Théramène dans Phèdre, elle n’est pas moins efficace. En effet, la reformulation initiale du texte par le professeur permet à l’élève de se saisir de jalons qui lui éviteront de se perdre, pour en rester à l’exemple donné, dans la subtilité syntaxique et lexicale du vers racinien.
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Le recours à l’image

Dans le même ordre d’idée – et les programmes nous y invitent d’ailleurs par la prescription d’une mise en relation littérature /histoire des arts dès la classe de 6e –, il est tout à fait possible et conseillé d’«ancrer » la lecture littéraire à suivre par l’introduction initiale d’une image fixe : gravure, peinture, photographie…
Là encore, l’objectif reste de focaliser l’attention des élèves sur un sujet, un thème ; de les rendre davantage réceptifs à la lecture à venir. Cela dit, gardons toujours en tête que toute modalité pédagogique doit se préserver de l’esprit de systématisation. Nos propositions, par conséquent, ne relèvent pas d’une fin en elles-mêmes. Elles ne tendent qu’à afficher de possibles « leviers » de compréhension. De fait, le « mystère » du texte que l’on introduit à haute et intelligible voix (voire voix expressive et/ou théâtralisée) in abrupto se doit d’être entretenu au moins une fois à l’intérieur de la séquence.
Ce qui pourra donner une introduction de séance telle que : « Aujourd’hui, je ne m’autorise aucune présentation, ni aucune explication, je vous lis simplement le texte. »
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Le linceul de l’imaginaire

En nous autorisant une synthèse forcément simplificatrice, nous dirons que le cerveau de l’élève a quelque chose d’un écran panoramique. Or, toute la question se situe au niveau de l’insertion d’images « mentales » sur cet écran. Un élève bien introduit dans l’univers des livres n’aura aucun mal, dès les premiers mots entendus de la bouche du professeur-lecteur (qui donne sens au texte littéraire), à peupler son « écran » d’images, voire de les animer. Mais qu’en est-il des autres, de ceux qui restent rétifs aux livres ? Leur écran demeure certes panoramique mais aussi désespérément blanc !
En clair, le professeur doit s’attacher à construire l’acte de visualisation du texte qui passe par un ancrage sur quelque chose de concret. L’expérience (menée avec une classe de 3e) montre que la lecture de l’épisode de « La madeleine de Proust » reste ainsi possible… en commençant par une dégustation qui mènera à une réflexion autour de ces nourritures terrestres qui ont quelque chose de spirituelles : « Ça me fait penser à mes vacances à la neige… » ou « Moi, c’est quand je croque un biscuit que je pense à ma grand-mère… ».
La même séance introduite par la lecture initiale du texte proustien reste bien entendu possible mais elle n’annule pas l’importance du recours, à l’aliment (et plus généralement à l’objet et à la matière).
CQFD : que « l’accroche » des élèves à un texte lu par le professeur ne va pas de soi ; que la didactique de la littérature passe par l’idée d’un retour au concret ; qu’une séance de littérature peut très bien commencer par l’observation d’une carte géographique ou d’un tableau… Et corrélativement que ce n’est pas la littérature patrimoniale qu’il faut abandonner mais l’idée qu’elle puisse agir sur tous les élèves comme par « enchantement »…

À suivre…

Antony Soron, ÉSPÉ Paris

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Voir sur le site de « l’École des lettres » les précédents épisodes du feuilleton :
– Comment concevoir une première séquence de littérature ? par Antony Soron
La première évaluation des écrits de collégiens, par Antony Soron.
Conseils pour une première prise en charge de sa classe par le professeur de lettres, par Antony Soron.
Premier poste, dix conseils pour entrer dans le métier, par Thérèse De Paulis.
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