Pap Ndiaye défend l’école républicaine au sein du projet présidentiel

La conférence de presse de rentrée du nouveau ministre de l’Éducation s’est accompagnée, le 26 août, de deux annonces concernant un concours exceptionnel pour titulariser les contractuels et le doublement des fonds sociaux dans les établissements. Pour le reste, il a surtout évoqué l’ouverture de chantiers dans une école qui reste nationale mais doit accepter « un peu de flexibilité ».

La conférence de presse de rentrée du nouveau ministre de l’Éducation s’est accompagnée, le 26 août, de deux annonces concernant un concours exceptionnel pour titulariser les contractuels et le doublement des fonds sociaux dans les établissements. Pour le reste, il a surtout évoqué l’ouverture de chantiers dans une école qui reste nationale mais doit accepter « un peu de flexibilité ».

Ça n’est pas encore cette rentrée que Pap Ndiaye imprimera complètement sa marque à l’Éducation nationale. Il fallait en effet tendre un peu l’oreille pour entendre ce qui était vraiment lui lors de sa conférence de presse de rentrée ce 26 août, tant il met de soin à respecter la continuité avec son prédécesseur et la feuille de route fixée par Emmanuel Macron, tant il s’applique à reconnaitre l’école républicaine dans le projet présidentiel. Mais il avance en douceur, ce qui représente déjà un premier pas de côté par rapport à Jean-Michel Blanquer, qui ne mâchait pas ses mots et ne ménageait pas les journalistes.

« C’est une énorme machine », a fait par exemple valoir Pap Ndiaye à la journaliste qui lui demandait s’il jugeait suffisant quatre jours de formation pour les nouveaux enseignants contractuels, et acceptable l’ignorance dans laquelle certains restent de leur affectation le 1er septembre. 850 000 enseignants, 12 millions d’élèves : « 20 % de la population française rentre à l’école la semaine prochaine. C’est une organisation remarquable. Je suis très fier d’être à sa tête, a poursuivi le ministre. Les contractuels débutants sont minoritaires parmi les contractuels qui sont déjà minoritaires. Les non-affectés, c’est un problème. Il faut reconnaître ce qui ne va pas bien, mais aussi tenir compte des volumes… », a-t-il plaidé pour convaincre avec des arguments le touchant lui-même.

Dans la cour du 110 rue de Grenelle, et non dans le jardin près du chêne plusieurs fois centenaire, Pap Ndiaye a démarré sans attendre une conférence assez courte visant à « faire le point sur la rentrée et les perspectives de ce ministère ». Il a cité Jules Ferry, mais aussi l’écrivain Salman Rushdie entre la vie et la mort depuis son agression au couteau, le 12 août, dans l’état de New York : « Nous devons raconter de meilleures histoires que les imbéciles et les tyrans. »

Alors que l’école reproduit les inégalités, convient-il souvent en insistant sur la nécessaire lutte contre les inégalités, il a eu cette phrase étrange : « Méfions-nous d’une école qui ne produit pas de l’égalité. »

Et il a démarré par les sujets qui fâchent : les contractuels, le transport scolaire et la revalorisation des salaires et des métiers.

Le concours exceptionnel pour les contractuels et le doublement des fonds sociaux dans les établissements apparaissent comme les principales annonces de cette conférence de presse pendant laquelle Pap Ndiaye a évoqué des réunions à venir : avec les syndicats sur les modalités de revalorisation à 2000 euros net minimum pour les enseignants débutants comme ceux déjà en place, ou les formations à l’enseignement « ad hoc », juste après le bac.

Pap Ndiaye a évoqué le lancement de plusieurs chantiers et réflexions sur l’égalité, pour que les filles n’hésitent pas à s’engager dans les filières scientifiques, la lutte contre les discriminations – antisémitisme, racisme et lgbtphobies – l’extension des évaluations « pour construire une culture de l’évaluation », ou la classe de sixième « pour promouvoir les actions pédagogiques innovantes ».

Il a défendu un plan d’action pour la maternelle, un travail approfondi sur le collège et de nouvelles actions autour de l’éducation au développement durable : formation des écodélégués, développement du label école responsable E3D et réflexion sur le bâti scolaire. Il a rappelé la poursuite du dédoublement des CP et CE1 en éducation prioritaire, le plafonnement à vingt-quatre élèves en dehors, l’extension du pass Culture.

Pap Ndiaye s’est également montré très attaché à la lutte contre le harcèlement et le cyberharcèlement en ayant une pensée pour Jonathan Destin, victime de harcèlement durant sa scolarité, décédé la semaine dernière.

Quant à l’école du futur, mise en place par Emmanuel Macron à Marseille et assise sur un « plan d’innovation pédagogique » de 500 millions d’euros, Pap Ndiaye a défendu le principe en rassurant : «Nous restons une éducation nationale bien sûr, mais il faut accepter un peu d’air, un peu de flexibilité. »

Pour l’enseignement professionnel, dont il a été déchargé, ce qui a fait polémique lors de sa prise de fonction, il a cédé la parole à Carole Grandjean, ministre déléguée chargée de l’Enseignement et de la Formation professionnels auprès du ministre du Travail. Celle-ci a confirmé les directions prises par le nouveau gouvernement : mieux répondre aux attentes du marché en augmentant de 50 % le temps de stages, lesquels seront accompagnés d’une « gratification financée par l’État », organiser dès le collège des découvertes des métiers et des visites de lycée professionnel, engager la réforme du lycée professionnel pour réduire le nombre de décrocheurs, augmenter les taux d’insertion et favoriser la poursuite d’études.

En bonne maîtrise des dossiers, Pap Ndiaye s’est également montré capable de redouter d’être approximatif ou d’assumer ne pas savoir, ajoutant prendre note pour vérifier. Une humilité qui tranche avec les autres ministères, au-delà de l’Éducation nationale et de cette mandature.

Pap Ndiaye, de l’égalité des chances à la valorisation des enseignants, Jean-Riad Kechaou, L’École des lettres, 23 juin 2023

Capes 2022, des résultats inadmissibles, par Pascal Caglar, L’École des lettres, 20 mai 2022.


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